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Dialogue de sourds et égalité des chances

lundi 12 mai 2014, par Grosse Fatigue

J’ai discuté avec mon frère. Il me fait de la peine perdue. J’ai ensuite écouté le ministre de l’Education Nationale dont j’ai oublié le nom. Je me souviens juste de sa fonction permanente : réformer les réformes. Je l’ai entendu parler de l’égalité des chances, de l’ascenseur social. Sans le savoir, il me parlait de mon frère et de sa fille. Sans le savoir - ou plutôt si puisque je ne le crois pas - il disait n’importe quoi.

Mon frère cumule les défauts de mon père prolo et de ma mère superstitieuse. Il croit au destin et confond fatuité et fatalité, dans la modestie de ses certitudes. Mais le pire n’est pas là. Il n’écoute rien ni personne, comme tout prolo apolitique qui se respecte. L’important pour lui est d’être libre. Il donne au vide l’importance que d’autres donnent à la possibilité du mouvement. C’est tragique et l’on n’y peut rien. Car la liberté a pris ses aises avec la disparition du politique. On la défend au nom d’elle-même, pas au nom de ce qu’elle permettrait.

Ainsi, mon frère défend la liberté de ma nièce sa fille. Il prétend texto qu’elle peut bien devenir éboueur (SIC), du moment qu’elle est heureuse... Et j’entends ce discours chez tous les imbéciles alentour. L’important, c’est que les enfants soient heureux. Voilà bien la seule exigence. Le reste s’apparente à l’inutile, au superflu et pire : à la prétention. Mon frère prétend aussi, avec les enseignants gauchistes mais sans le savoir, que les notes ne servent à rien. Cette idée sert de piédestal à ma nièce pour se hisser chez les mauvais élèves, puisque les notes ne servent à rien, pourquoi tenter d’en avoir des bonnes ?

Tout est relatif.

Pour son anniversaire, elle a eu un téléphone portable dernier-cri. C’est important pour le bonheur, pas seulement celui des médiocres. C’est un besoin social tous azimuts.

Le cousin de ma nièce me fait quelques réflexions. C’est mon fils. Ils ont le même âge. Il la voit sombrer et s’en rend compte, car on se rend compte à quatorze ans. Il me précise qu’elle a peu de vocabulaire. Oui bien sûr. Je lui précise qu’il devrait en parler au ministre de l’Education, dont j’ai oublié le nom. Il me demande pourquoi. Je lui réponds au nom de la liberté : il faudrait la limiter. Il faudrait qu’elle vienne plus tard, avec le plaisir. Il faudrait presque envisager que les parents deviennent autoritaires, pour que les gamins puissent savourer leurs départs. Mais je dis n’importe quoi et je lui propose de remettre Lingus de Snarky Puppy. Il n’est plus guère utile de penser le bonheur des autres à travers l’éducation. Elever les mômes, c’était les emmener plus haut....

Reste Rousseau. Retirer les enfants aux parents cons. Tous les enfants se valent en première année de maternelle. C’est merveilleux. On pourrait en faire des batteurs par millions, des fantaisistes, des troubadours, des poètes et des écrivains. Mais les parents sont là et veillent au bonheur des petits, au nom de la liberté dont on ne peut comprendre le sens sans un stage de privation.

J’ai aussi envie de plastiquer la scène de l’Eurovision. Je vire amer.