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L’exil intérieur

mercredi 2 décembre 2020, par Grosse Fatigue

Je fais du vélo sur internet pour passer le temps avec des centaines d’excuses surtout liées au mauvais temps même si le temps n’est pas si mauvais sauf celui qui passe.
Je n’aurais jamais cru qu’il envahirait tout même l’amour ou ce qu’il en reste. La première fois que j’ai mis les doigts sur le clavier gris d’un PC, et que l’on m’a dit "Tape enter", j’ai préféré en rire et attendre que les deux Steve aillent faire un tour chez Xerox à Palo-Alto pour y voler des idées dans l’air du temps et m’acheter plus tard et à crédit un Mac Plus à 11000 francs et sans disque dur.
La belle époque.
Aujourd’hui j’ai parlé avec une fille qui croit que des forces telluriques font pousser des arbres de travers. Il m’arrive souvent d’être confronté à ces gens qui ne savent rien mais qui s’imaginent. Dans le temps d’avant la grande connexion, les gens parlaient entre eux, chez eux ou au bar, en tous cas vraiment autre part qu’avec moi. Je ne sais pas si c’est mieux ou plus mal, j’ai comme un sentiment démocratique, très sentimental, une vieille croyance, me disant que ça n’est pas pire que l’oncle Adolf ou Staline ou Mao ou tant d’autres. Mais j’ai aussi un doute sur les conséquences de la grande démocratie où l’on écoute tant déblatérer.

C’est comme l’autre fois quand cette femme de cent-vingts kilos que je n’ai vue qu’en photo sur un réseau social me certifie qu’elle est victime d’une maladie génétique, que ces gènes sont en cause, qu’ils sont la cause de son appétit insatiable à quatre heures du matin, elle qui n’hésite pas comme Guy Carlier à manger des pâtes avec des pizzas, tous les jours.

Tous les jours !

Mes amis me disent qu’il vaut mieux ne rien dire puisque rien ne sert à rien. La plupart d’entre-eux pensent pourtant que tout n’est pas foutu. Il faudrait savoir.

J’ai répliqué à la femme trop énorme que ces gènes étaient aussi responsables de sa mort que la tôle des automobiles dans les accidents routiers. Je crois qu’elle n’a pas bien compris ce que je voulais dire. Va-t-elle un jour m’obliger à me taire parce que je serais intolérant ? Les étudiants que je côtoie maintenant à l’écran me disent un peu la même chose. "Vous êtes sûr de ce que vous dîtes ?" Je réponds non la plupart du temps pour galvaniser l’idée du doute en science, ce qui a pour effet d’être encore moins crédible au café du commerce mondial.

Et pourtant il y a longtemps c’est bien de cela dont on rêvait : la grande discussion, la grande ouverture, et surtout avec tout le monde. Personne n’aurait imaginé qu’à l’origine des dialogues de sourds, il n’y a pas tant la surdité que cette volonté profonde de s’exprimer.

S’exprimer !

Dire ce que l’on pense, même si l’on ne sait pas penser, même si l’on n’a pas appris. Penser est sans doute ce qu’il y a de plus prétentieux au monde. Même les chanteurs français d’aujourd’hui ont la décence quand ils sont connus de ne plus nous faire croire qu’ils sont musiciens. Mais penser semble dans l’ordre des choses et tout le monde y va de sa petite leçon, surtout les victimes de l’Education Nationale. Ah oui, je déteste l’Education Nationale pour ce qu’elle ne fait pas à mes enfants.

Le petit dernier a utilisé Google Translate pour rendre un devoir en anglais, c’est comme ça.

Mes amis snobs me disent de laisser tomber, de continuer à écrire dans mon coin mais de ne pas ouvrir la boîte à clapets, la zone de dialogue où l’on n’apprend rien de personne. Au pire, on t’écrira un email pour te dire à quel point tu es prétentieux, ce qui n’aura rien de nouveau et tu pourras continuer à cultiver ton jardin.

L’exil intérieur.