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Demain les drones : n’importe quoi pourvu que ça mousse

mercredi 11 décembre 2013, par Grosse Fatigue

L’important, c’est de détruire. Il faut en finir avec ce que les gens aiment aujourd’hui, par exemple le boulanger. Ce n’est pas tant que j’aime mon boulanger, mais ce soir, nous sommes allés chercher le pain avec le petit. Il était encore chaud et la mie tendre et le petit en a repris plusieurs fois, et la croûte était bonne et nous étions français, à renifler l’odeur du pain en rentrant. Oui, nous étions français même si j’aime aussi le pain turc et les cymbales du même pays, par exemple.

Mais l’important, c’est de détruire.

J’imagine facilement le grand boulanger. Celui qui aura vendu son idée à un ensemble d’investisseurs virtuels. Il leur promettra de tuer tous les boulangers qui font encore du pain, afin de les remplacer par une immense boulangerie virtuelle en ligne qui vendra du pain vendéen mais aussi des tracteurs ou des bazookas, des slips tangas et des kangourous vivants. L’important est d’avoir mauvais goût. Il suffira de stocker tout cela loin de chez moi afin que nous ne puissions plus jamais sentir le pain chaud. La sensualité du pain sera remplacée par un attirail high-tech du dernier modèle. Remplacer le geste simple d’aller chercher le pain par un achat en ligne.

On m’a fait le coup avec mes appareils-photo. Les voilà dormant argentiques dans une vitrine cachée. S’ils avaient une âme à la Toy-Story™ la nuit, ils viendraient troubler mon sommeil. Ils parlent sans doute à l’agrandisseur qui attend, qui a fait son temps, et le temps c’est de l’argent, surtout celui des autres. Mon labo prend la poussière. Je suis un type analogique à l’ère numérique. J’ai entendu ça dans une série américaine pleine de filles nues avec un mec désabusé. [1]. Je me suis rapidement identifié. Je préfère les disques vinyles et leurs modestes trente-trois petits tours mais je les écoute rarement. J’ai l’impression d’être montre en main, à compter tout ce qui pourrait me faire gagner du temps au lieu de continuer à en perdre, ce qui semble jusqu’à présent faire l’essence de ma vie. Paresseux va !

Je suis un paresseux, je le recopie mille fois mille fois.

L’autre jour, des types lointains, du genre technophiles - il y a trois catégories de parasites aujourd’hui : technocrates, technophiles, amateurs de techno - des types lointains donc ont présenté une révolution à des millions d’imbéciles qui, sans doute, et quand ils en ont un, sont passionnés par leurs jobs sans intérêt : le drone-livreur. L’Amérique ayant trouvé du gaz sous ses pieds à défaut de presser ses millions d’obèses pour en faire de l’huile de palme, elle se croit autorisée à brûler du kérosène avec des Iphones™ aux commandes pour livrer des pizzas à domicile.

N’EST-CE PAS ENTHOUSIASMING my dear ?

Des pizzas dégueulasses et baveuses dégoulinant du ciel comme un Père Noêl qui enculerait la vache et l’agneau ?

Eh bien, pour la première fois, je dois l’avouer :

NON.

Ça n’a rien d’enthousiasming. Je trouve même ça complètement con. Et quand je vois le type qui est passé en caisse ce matin avant moi, ce type qui tutoie Olga, ce type qui a acheté une bière et une part de quiche industrielle sous blister plastique avec date limite de vente, oui, quand je vois ce type et le regard d’Olga, ce regard de chien battu mais pas encore affamé parce que déjà trop vieille, je sais bien que l’on pourrait en trouver des milliers comme lui pour livrer au pire des pizzas, au mieux des fleurs à mes ex. pour la nouvelle année. Il restera sans doute quelques Mexicains, trop loin de dieu et trop près des Etats-Unis pour nous faire encore un peu une sérénade et du guacamole.

Mais : ça va pas durer.

PS : si je ne passe pas la barre des cinq-cents visiteurs journaliers pour décembre, je la ferme. Je consacrerai mon temps au lance-pierre. A cause des drones.


[1Californication, J’aime beaucoup