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Péage

dimanche 6 septembre 2015, par Grosse Fatigue

Au péage, je demande au type auquel je donne le ticket si c’est un humain ou un robot. Il se met debout, baisse son short trop grand et me montre sa bite molle : "Les robots n’ont pas de bite monsieur, ils sont fabriqués dans des usines, en Chine ! Vous en avez de la chance !"

Il est vrai que les robots ne se reproduisent pas entre eux. J’en fais la réflexion à l’auto-stoppeuse lubrique à mes côtés. Elle me répond que ce genre de truc, une fois durci, peut servir à autre chose qu’à la reproduction.

Je me pose des questions...

Le type se rassoit, rassuré. Moi : moins. C’est la première fois que je revois un humain en chair et en os depuis des années à un péage. Je me demande si ça n’est pas une arnaque. Surtout que, quand même, il ne m’a même pas dit au revoir ou merci quand je lui ai donné ma carte bleue, et qu’il l’a débitée de 2300 Euros. Bizarre.

Nous avons pris l’habitude de la dématérialisation. Quand la boulangère nous a dit qu’il ne lui restait que deux sandwichs et qu’à cette heure-ci, fallait pas compter sur elle pour en faire un autre de notre choix, je me suis demandé si :

- ce n’était pas un robot version bêta mal programmée.

ou

- une vraie femme pas sympathique que l’on ferait mieux de remplacer par un robot en forme de Brigitte Bardot sans rien dedans.

Nous avons salué la boulangère qui n’a pas répondu. Je me suis senti seul un instant.

J’en profite pour ouvrir au chat errant qui vomit partout. Elle a faim mais est très timide. Elle mange les croquettes de ma chatte avant d’aller vomir dans le potager, comme un fait exprès.

Je crois que les Japonais sont ravis d’être entourés de robots. Sur leurs plages, des poissons radioactifs s’échouent par milliers. Des Tsunamis détruisent leur monde. Mais pas un migrant pour s’y échouer. Les Japonais aiment leur solitude nationaliste. C’est pour cela qu’ils fabriquent des robots à leur image.

Je me suis réveillé seul l’autre matin.

J’ai lu dans un magazine que cela n’arrivera plus. On peut me fabriquer un robot féminin pour mes vieux jours, un robot hyper-réaliste comme dans Real Humans. J’ai déjà vu ça dans un bon film avec Arnold. [1]. Un type couchait avec une fille magnifique en hologram. Pourquoi pas. Ça doit manquer un peu de chaleur et d’humidité - ce qui fait la vie - mais pourquoi pas ?

Le type du péage a rompu ma solitude pendant cinq minutes. J’attends la suite avec impatience.

Une chose est sûre : la main-d’œuvre d’outre-mer, celle qui part trop souvent outre-tombe dans des rafiots au milieu de la mer, on lui préfèrera le factice, puce comprise. Même au péage. Même en voyage.

Solitude.


[1A l’aube du sixième jour