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Des piments for ever

lundi 11 mars 2013, par Grosse Fatigue

J’ai découvert un sacré filon, à la Vance-Packard, à la Club de Rome, à la décroissance. Il vaut mieux ne pas trop en parler. Le garder pour soi.

Contrairement à ce que croient les magasins vendant des graines, contrairement à l’Age de l’accès de Jeremy Rifkin, on n’est pas obligé de replanter chaque année de nouvelles semences de poivron. J’ai fait la découverte par hasard à l’automne 2011 en voyant la verdure de mes pieds de poivron de l’année. En bons immigrés dans un hémisphère un peu trop nordique, ils prenaient leur temps pour grossir. Quant à rougir, il ne fallait pas trop espérer de novembre et des premières gelées. J’ai donc décidé à l’époque de les rempoter et de les mettre à l’abri, par espoir, en imaginant qu’ils passeraient l’hiver.

Et ce fut le cas. J’ai recommencé l’automne dernier et les voilà toujours vivant à attendre derrière le double-vitrage gaz argon™ la lumière du printemps. Ils dépérissent légèrement, mais juste assez pour revenir à la terre dès avril.

Alors le délire m’a pris.

Déjà j’imagine des pieds de poivron centenaires et gigantesques, des forêts amazoniennes de poivrons et de piments, avec des libellules et des papillons sauvegardés dans nos villes grises où les ardoises seraient à l’abri dès le printemps d’un feuillage potager d’une autre échelle. J’imagine aussi que les pieds de tomates survivraient eux aussi dans les serres municipales autogérées par des péquenauds anarchistes, chauffées au compost urbain. Je vois d’énormes concombres pour les femmes célibataires, un nouveau PACS pour passer l’hiver, de l’homme au végétal. Des carrosses en véritables citrouilles, sans passer par l’espace comme les légumes chinois (histoire vraie). Et pire :

UNE PHILOSOPHIE.

Roy me précise qu’il ne faut pas écrire en majuscule, ça éloigne les lecteurs. Je m’en excuse.

Mais j’insiste : une philosophie.

Replanter chaque année, dévorer dans la joie la chair des poivrons et des tomates, tout en conservant les tiges pour des siècles et des siècles, amen. Nous n’aurions plus que ça à faire : âge de faire, âge d’abondance. Les rayons des supermarchés nous serviraient de serres et nous aurions enfin des besoins limités. Inutile d’encourager les OGM : nous serions enfin de vrais physiocrates, sans prétention, sans ploutocrate. Nos villes fleuries seraient joyeuses et personne ne se lamenterait plus de l’absence du goudron ni de la fin du pétrole.

Mais j’entends à la radio que la bourse de Paris a commencé sa journée en baisse et je retourne à la dure réalité.

Vous devriez faire de même.