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Une grande faim du monde

vendredi 7 décembre 2012, par Grosse Fatigue

Oui je sais. Le calembour est un truc de vieux. Mais c’est comme faire des rythmes sur les tables, j’ai du mal à m’en empêcher. Le batteur a la chance de n’en faire qu’à sa tête, clac, paf, boum boum, tête à claques.

J’écoutais encore l’une de ces âneries sur la fin du monde de ces imbéciles de Mayas. Je ne sais pas s’ils mangeaient les oreilles de leurs ennemis après les avoir fait bouillir. Mais d’autres peuples ne se gênaient pas. Pendant ce temps-là, au Mali, on coupe des mains, les mains des joueurs de kora. Les mains des filles après vingt heures. Le Mali vit sa fin du monde. Mais qu’importe, nous attendons tous la sortie du prochain Iphone™, celui qui nous permettra de nous dématérialiser complètement. Nous éviterons nos propres encombrements. Ce sera nouveau, ce sera mieux, ce sera....

Comme d’habitude.

Je me disais l’autre soir que c’était peut-être vrai. Après tout, si les millénistes ont toujours eu tort, il faudrait bien qu’un jour on conjure le sort. Et si, effectivement, demain matin, les rues étaient définitivement vides, et si nous nous vaporisions ?

Le monde ne tarderait pas à redevenir beau. En feu, sous les eaux, irradié, mais beau, comme débarrassé de l’industrie, des plastiques en tous genres, des ondes et des satellites, et les nuits illuminées par la voie lactée donneraient à rêver aux sauterelles nos remplaçantes. En attendant ces jours heureux où les poissons n’auront plus besoin des associations de pèche pour vivre sans crainte dans les rivières et les lacs, j’ai, très franchement, faim du monde. J’ai envie, comme dans une chanson d’Henri Salvador, de retourner à Syracuse, pour la colazione le matin, j’ai envie de voir le Fuji-Yama, j’ai envie d’aller voir en Inde si c’est bien le bordel, et de retourner à New-York avec un Rolleiflex. Et à Boston voir si Guillermito se sent miteux maintenant qu’il est papa, ou s’il est heureux. La faim du monde, si seulement c’était une valeur un peu plus partagée, on se poserait moins de questions. J’irais à Rome revoir Fédérica. Manger des pizzas comme si j’avais abandonné le vélo. Visiter la Corse quand les pacifiques seront les derniers survivants. Et tout un tas de choses, un tas de clichés, d’à priori. Rouler dans une vieille décapotable à Gandrange, dans la vallée de la Fensch, en écoutant Lavilliers à fond. Retourner à Montréal dans un grand Boeing bleu de mer, et retrouver ce Canadien fauché qui m’expliquait qu’il visitait souvent la France par Google Earth. Je lui ai donné mon adresse réelle. Il est passé à la maison, comme un spectre. En deux dimensions.

Mais il est tard. Et demain, tout sera fini. Evaporé. Inutile d’aller chez le boulanger, de renifler les croissants en sortant de boîte.

Enfin l’inutilité ! Pas trop tôt !

Et puis la petite me dit : "Mais papa, c’est fou, mettre la fin du monde quatre jours avant Noël ! C’est quand même dommage, non ?"