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Relativiser

jeudi 18 février 2016, par Grosse Fatigue

Au début, j’ai relativisé. C’était une petite douleur, certes aigüe, mal placée, mais minuscule. J’ai mis ça sur le compte du vélo. Je n’en ai pas fait depuis novembre.

Et puis la douleur a reflué. Je faisais attention à bien me tenir, surtout dans le train, où je suis toujours de traviole quand il faut dormir à sept heures du matin, entre les comptables qui ne dorment jamais et les Parisiens qui se croient tout permis et chez eux partout avec leurs bagages encombrants et pire dans le TGV, pire !

Ce qui m’a surpris le plus, c’est l’essoufflement. Pas le besoin de sommeil, sempiternel. Mais l’essoufflement en montant la rue à-côté de la maison. Ça, c’était quand même étrange. Je me suis fait à la vue qui baisse. Après tout, de très bons yeux, ça n’est pas si utile. J’éloigne les livres de ma vue le soir et ça passe encore. Mais la douleur aigüe à l’aine n’est pas très gérable. Heureusement : aspirine.

Le lendemain de l’aspirine, il y avait du rouge sang. Je ne m’attendais pas à ça, et puis il était très tôt, je ne voyais pas bien, genre quatre du matin, la prostate. Les deux fluides étaient bien distincts, ce qui m’a surpris. Je pensais que l’ensemble formerait un jus orange. Mais dans ce cas, on ne saurait jamais que l’on a du sang dans les urines. Et puis j’ai oublié.

Il faut relativiser. Ça n’est pas Alep, ça n’est pas le Tchad ou la Corée du Nord, ça n’est pas le Congo, ça n’est rien : ça passera. Il faut relativiser, c’est toujours pire ailleurs. Il faut s’estimer heureux. Il faut regarder ses enfants vivant, se dire qu’il y a eu la guerre presque vingt ans avant sa naissance, et que l’on peut bien faire le pitre. Vingt-deux ans avant ma venue au monde, des SS brûlaient vifs des paysans dans le Limousin, et j’en passe. Alors un peu de sang de temps en temps, alors l’essoufflement, qu’importe.

J’ai repris du chocolat. J’ai mangé le dernier Carambar™ des enfants, trouvé par hasard derrière les croquettes du chat. Je me suis alors dit que les céréales du matin étaient sans doute faites au même endroit, dans la même usine, avec les mêmes ingrédients, et que les Américains qui ont inventé les céréales du matin ET les croquettes du chat y étaient sans doute pour beaucoup dans la vie actuelle. Puis j’ai repensé à Radiboulé, le cochon d’Inde, qui est mort euthanasiée à cause d’un cancer de la face. Ce cochon d’Inde qui n’a jamais mangé de croquettes mais juste des épluchures et l’herbe du jardin. La vétérinaire m’avait déjà vendu des échantillons de croquettes pour la chatte, spécial chat stérilisé... Elle est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour que les bêtes n’aient plus rien de normal et que les poulets pondent des œufs carrés. Elle m’a assuré que les cochons d’Inde avaient souvent des cancers de la face. Quand j’étais gamin, j’en élevais. Je n’avais jamais vu ça. Le scorbut oui, le cancer, non.

Je me suis demandé s’il fallait que j’arrête de manger, moi aussi, de l’herbe du jardin. Et comme la réflexion était absurde, je me suis demandé si j’avais un truc au cerveau, ce qui expliquerait tout.

Alors j’ai regardé les placards. Ils sont pleins de choses avec des dates de péremption dépassées, de plusieurs années. Tout ça pour rien. J’ai décidé de tout jeter au compost. Et j’ai pris peur des bananes. Une amie Martiniquaise m’a fait lire des articles sur les produits chimiques que l’on met sur les bananes là-bas. Ça rend les hommes stériles. Les Noirs américains y verraient la volonté de l’homme blanc. Les Blancs américains y verraient la volonté de dieu. Ah les cons. Je me suis demandé si toutes ces molécules se conservaient dans mon compost, et si nous les digérions avec les tomates de l’été prochain ?

Bien entendu, tout pourrait être pire.

Mais nous avons l’aspirine.