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Aider les femmes voilées

mercredi 15 janvier 2014, par Grosse Fatigue

Il ne faudrait plus être surpris de rien mais la capacité à la surprise est peut-être finalement la meilleure preuve de survie en 2014. Je suis donc surpris par les emails que je ne reçois pas, la simple possibilité de discuter en direct avec une amie vivant à Vancouver ou l’indifférence totale des adolescents face à leur capacité de calcul embarqué. On pourrait leur promettre la lune que ça ne leur ferait absolument rien même si chaque Iphone™ a de quoi calculer départ - trajet - alunissage et retour d’Apollo je ne sais combien. Idéologiquement, il y a aussi de quoi être surpris. Qu’un type un peu Africain nous promette l’antisémitisme comme une nouveau ciment social, ça dépasse largement toutes les promesses publicitaires de l’extrême-droite. Qui l’eut cru ? Que la fille du prof de maths se masturbe sur Youtube™ juste pour emmerder son père, c’est très nouveau mais déjà bien banal.

En un mot : au secours.

Ce qui m’étonne le plus n’est pourtant pas là. C’est la volonté d’une gauche certaine à défendre les femmes voilées. Je ne parle pas des bonnes sœurs catholiques (SIC) - la dernière que j’ai vue, c’était dans le Gendarme de Saint Tropez™, Brigitte Bardot™ sans doute - non, je parle des musulmanes vivant en France. Mona : je ne comprends pas ton point de vue.

Je suis sans doute une espèce de salaud.

Je fréquente deux femmes voilées, dans ma vraie vie, ce qui - définitivement comme diraient les Québécois - me distingue de Finkielkraut. Je les fréquente par obligation paternelle, leurs enfants côtoient les miens, qui à la maternelle, qui au basket. La première est peu voilée. Elle l’est à la manière des mères de mes copines d’ailleurs et d’autrefois. Elles portaient un voile comme si c’était un ustensile, je veux dire un outil, mais pas vraiment une tradition imposée. Mes amies ne le portaient pas : dans les années quatre-vingt, je n’ai pas connu de fille plus ou moins musulmane revendiquer ce genre de droit. Mais je suis bien certain que les révisionnistes de tous bords (ils ne sont que d’un bord, mais c’est une figure de style qui en manque beaucoup), iront ré-écrire ma jeunesse en fanfaronnant le droit de leurs mères à porter le carcan réglementaire de la peur d’un dieu qui n’existe pas plus qu’un autre mais qui dure ; comme Jupiter, Zeus ou Bouddha ; une éternité.

L’autre mère est très attentionnée. Au club sportif, son petit gamin porte l’habit traditionnel et elle est toujours à le triturer, le tripoter, lui donner des conseils, bref : elle l’étouffe. L’entraîneuse ne pipe mot, il semble que le plus que voile sert ici d’épouvantail, ou de pancarte à la manière : "Propriété privée - Défense d’entrer". On pourrait y voir un problème psychologique, individuel et pathétique, mais ce costume complet laissant juste voir le regard de cette maman nous dit quelque chose, et ce quelque chose n’est pas très avenant.

Mona : le voile consenti (je n’y crois pas, le voile est imposé par la peur, dans une cascade d’irresponsabilités qui finit toujours par tomber au plus bas, sur les petites filles), le voile consenti est une parole. Il nous dit : je ne suis pas des vôtres. Il le dit sciemment et consciemment. Même si, dans le cas dont je parle, il le dit tout-à-fait poliment. C’est une façon d’en finir avec l’universalisme dont les gauchistes pensent qu’il a servi à justifier la colonisation et qu’il continue dans la domination. Pour ma part, mon universalisme que d’autres traitent de "cosmopolitisme" - j’assume - se résume à prendre plaisir à toucher les femmes des autres, au sens propre et figuré, c’est-à-dire tout bêtement à posséder le droit du partage de tout, et même de nos corps, de nos mains, de nos doigts. Je me souviens aussi des souffrances de Soumia quand il fallait s’arrêter là. La peur l’emportait sur le désir, et c’était d’un triste...

Nous pouvons donc cohabiter. Poliment et de loin. La droite dure voudra ghettoïser ces gens-là, comme on le fait aux Etats-Unis ou en Angleterre. Que d’étranges étrangers pratiquent leurs coutumes, c’est libéralement légitime à leurs yeux. Après tout, ces pays ne sont que de grands marchés où l’on échange des produits innovants. L’autre gauche voudra exactement la même chose - que d’étonnement ! - afin que la liberté de tout l’emporte sur notre optimisme universel...

Je continue à penser que ma gauche (ouh-ouh..............écho...), continuera à croire qu’il faut aider les femmes voilées en les persuadant de lever les voiles et d’en parler, parce que nous sommes égaux.

Nous sommes égaux.

Et la religion devrait vraiment rapetisser pour nous laisser respirer enfin.

Je rêve. Mais bien sûr !

Et alors ?