Le pauvre Donald, il a bien changé. Autrefois roi des dessins animés, le voilà secrétaire d'État à la défense, ou à l'offense, selon le sens du vent. Le voilà à la télé qui se plaint de ce que d'autres ont fait en son nom. Torture, humiliations, saloperies en tous genres de guerre, dure loi de la guerre. Ce genre de choses seraient étrangères à la culture américaine, la belle affaire.
Cela fait déjà longtemps que l'on sait à quel point les hommes normaux n'ont rien d'extraordinaire et qu'en période de guerre, on transforme le moindre blaireau en loup. La soumission militaire y est pour quelque chose, on n'est plus responsable de rien. Toutes les guerres se posent en décors de cette laideur typiquement humaine, panoramiques à 360°. Il serait temps d'interdire la guerre.
Mais la culture américaine, c'est quand même autre chose. La culture américaine n'a pas massacré les Amérindiens, ils l'ont sans doute bien cherché. Et ces Noirs en esclavage pour de bon jusqu'en 1964 et pour de faux jusqu'à aujourd'hui, dans leurs têtes esclaves de l'enfermement caricatural dans une image de second rôle communautaire ? Ces femmes en serial-killer ? Ces clans avec cas dans la langue de Shakespeare comme un cheveu sur la soupe populaire ? Ces curetons V.R.P. bibles bidons (sic) à la main, arpentant la vieille Europe de déceptions en déceptions ? Cette omniprésence d'une obésité prime-time et de la vulgarité en greffe cérébrale ?
Où est-elle donc cette culture américaine ?
Quelque part cachée, cinéma, littérature, architecture, jazz. Pas un ingrédient dans la liste pour enrichir l'encéphalogramme plat d'un guerrier, ou d'une guerrière, de ces bouseux miteux à la mythologie road 66 marketisée post-nineties, partis au combat pour financer des études payantes et sans amour de l'art. Encore plus minables que les amis de De Niro dans Voyage au bout de l'enfer* ; car ces prolos-là avaient au moins l'excuse de quitter des usines pas encore désaffectées ; encore plus dégénérés que les péquenauds de Delivrance. En voilà des exemples mon bon Donald, même la culture amerloque s'en nourrit, de ces hommes dénaturés, de ces dégénérés par des générations télévisuelles et patriotiques. Le bon terreau que voilà, cet exotisme crade à l'abandon, celui qui ne fascinera bientôt plus personne, tant il sera proche, là, à nos portes, tous égaux, produits dérivants de l'hégémonie américaine et de sa simplicité grossière, Huntigtonneries en raffarrinades, la grande égalité des penseurs cons.
Mais la culture ? Où ira-t-elle se (dé)nicher ?
*le titre américain est bien meilleur : "The deer hunter", "Le tueur de biches"