GROSSE FATIGUE cause toujours....

Accueil > Chroniques de 2017 > # Trocadéro ou l’indécence en politique

# Trocadéro ou l’indécence en politique

lundi 6 mars 2017, par Grosse Fatigue

Je voulais voir Fillon à la télévision. Je voulais le voir dimanche soir, avec les enfants autour de l’ordinateur car c’est ainsi, je voulais que les mômes puissent me dire mais franchement papa, il est pas gêné celui-là. Mais les enfants ont fini les légumes plus tôt, et l’atmosphère était à la franche rigolade, pour une blague du petit, qui en fait tant.

Alors j’ai regardé Fillon tout seul, et j’ai entendu Fillon nous dire froidement qu’il restait parce qu’il n’était pas coupable légalement, mais juste moralement.

Et franchement, la morale, qu’est-ce qu’on en a à foutre ?

Je crois que mon père disait déjà cela en 1976, quand son patron de l’époque lui avait demandé de mettre l’une des grues du chantier en girouette un dimanche soir de grand vent. Il n’avait pas téléphoné. Nous n’avions pas le téléphone. Il était passé à la maison, n’était pas rentré, s’était contenté de sonner et de dire à mon père, en l’appelant par son nom de famille, le mien, qu’il fallait mettre la grue en girouette. Les grues se mettent dans le sens du vent et ne tombent pas. Mais il fallait à l’époque je crois, monter là-haut, tirer et pousser sur des leviers, bref, il fallait se salir les mains, faire le sale boulot, et le patron de mon père préférait traverser la ville du nord au sud pour demander au prolo de le faire, plutôt que le faire lui-même. Je me souviens que mon père était fier de l’avoir fait, parce qu’il fallait le faire, et que « faire », c’était très important. Le reste comptait peu. Son patron ne l’avait jamais remercié. Le silence suffisait souvent aux relations vers le bas de l’échelle, et pas qu’en matière de grues. Aujourd’hui encore, quand j’achète quelque chose, je me demande ce que la somme représenterait en fraction des revenus de mon père. Les courses au supermarché : la moitié d’un salaire, en quelque sorte.

L’indécence des suffisants m’a toujours paru incroyable. Les garants de la morale politique s’en étonnent. Et si seulement Fillon était le seul. Il lui a fallu plus de trente ans de vie politique pour s’apercevoir que le bon peuple trouve assez indécent de salarier maman à ne rien foutre, à un taux horaire qui représente pour le commun des mortels la joie de gagner au loto sans rien miser….

Quelle France veut-il gouverner ? Est-ce un pays ?

Puis ce fut au tour des partisans de Fillon. La vieille bourgeoisie (SIC) y défendait ses intérêts, parsemée ça et là de quelques jeunes bien sur eux, peuplant le décor d’un Paris à l’ancienne, très propre, la lumière éteinte pendant l’amour. L’une de ses vieilles femmes nargua le journaliste en précisant sa pensée : « Nous enlever Fillon, notre messie, c’est nous jeter dans les bras de Marine Le Pen ». Rien d’étonnant. Pour les suffisants, rien n’est suffisant. Il leur en faut encore plus, il faut accepter, obéir, suivre. Rien n’est anormal, c’est toujours deux poids, deux mesures.

Mais le pire dans tout cela, c’est que l’on pourrait rester discret, assouvir sa médiocrité dans le silence des appartements au-dessus des pharmacies, en attendant les résultats du second tour.

Non. Aujourd’hui, on n’a plus honte de rien.