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Deux amis

lundi 21 mai 2012, par Grosse Fatigue

L’autre matin.

Ils sont cinquante en TD. Je sais que tout le monde se moque bien des apports de Crozier à la théorie des organisations. Je me parle tout haut, histoire de réfléchir. Et je décompose image par image le début de la semaine, de la journée, du reste de ma vie comme disent les Américains dans les livres de Baudrillard. J’oscille entre Baudrillard et Crozier. Je divague.
Des filles très jolies au premier rang exhibent leurs caractères sexuels primaires et secondaires à la manière de certaines femelles Bonobos à la saison permanente des amours. Je sais que je dérape, et qu’à mon âge, je ressemble aux profs de quarante-six ans quand j’en avais vingt. Des types énervants, encore sur leur faim, revenus de tout mais qui goûteraient bien encore au dessert. Aussi con et superflu qu’un Beigbeder, c’est dire.

Le matin même, j’ai reçu deux emails de deux amis. L’un a un cancer abrupt. L’autre veut quitter sa femme pour une autre avec laquelle il ne vivra pas longtemps. Vivre longtemps est notre dernier objectif dans la course à la croissance et les plans de relance. Etant tous les trois de la même génération, je compatis. Le cancer et les séparations ne préviennent pas tant que ça de leur arrivée. Pour le premier, il y a espoir. Ça n’est qu’un tout petit cancer. Pour le second, il y a le lever de rideau sur la scène de l’ennui conjugal depuis plus de vingt ans. Alentour, nous savions bien qu’il était là, l’ennui, comme personnage principal de la pièce, aussi vrai que moi il y a à peine cinq minutes en cours devant la génération Y et ses connexions permanentes. Il faut dire que partager sa vie avec une baudruche n’a rien de palpitant, à moins de compenser. A la radio, De Rosnay s’enthousiasmait du haut de ses soixante-quinze ans et de sa planche à voile sur la nouvelle génération, ses Facebooks™ et ses Twitters™, ses privatisations connectées qui mènent à la ruine de l’âme. Fait-il semblant pour vendre son livre ?
L’ami qui va la quitter a fait semblant pendant dix-neuf ans et demi avant d’ouvrir un œil sur sa Cendrillon : pas une brillance dans l’œil, rien.

De l’ennui du cancer et des séparations. Un bon lundi matin.

Je sens que je vais ré-écouter "Be good", le bel album de Gregory Porter. (Pub : achetez-le).