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Votons con, votons Mélenchon

mardi 10 avril 2012, par Grosse Fatigue

Dans le Paris de mes illusions vingt-deux ans, rendez-vous place Saint Michel au printemps, feuilles vert pomme aux platanes, disquaires et librairies d’occasion, du temps devant soi, pizzas pas franchisées, quartier grec et jazz déjà trop cher, vinyles à profusion, jolies filles jolies jambes. Dans ce Paris-là,un peu la dèche, un soir, une discussion agitée avec un journaliste frère d’un ami, un journaliste d’origine kabyle donc très parisien, une discussion sur le vote.

Du haut de mes vingt-deux ans, je crie Elections piège à cons ! Ça fait du bien. Vingt-quatre ans plus tard, j’ai encore envie de chanter ça, en écoutant Ferré, sur une platine vinyle, à voir les filles en haut de leurs jambes s’éloigner de moi au bras d’un type qui sera un jour mon fils.

Mon vote ne changera rien à la fin du monde ouvrier, aux préoccupations des commerçants sur leur chiffre d’affaire, à l’illusion de la classe moyenne, cette classe fantôme qui n’existe que perfusée. Mon vote ne changera rien. Il n’empêchera pas mes étudiants de plagier les travaux à rendre, de rester connectés à leur solitude via Facebook™, de n’avoir pas grand-chose à dire, à faire, à écrire, à manger, etc. Voter n’empêchera pas le monde de devenir américain, armes en vente libre, fascination du meurtre, communautés restreintes, mythe des racines, gadgets pour tous, etc. Comment changer tout cela ?

Bien sûr, on peut être optimiste. Il reste les films de Julie Delpy (Je t’aime Julie, appelle-moi, je t’en supplie). Ou de Valérie Donzelli. (Je t’aime Valérie, appelle-moi, je t’en supplie). Un plan à trois, ça vous dit ? C’est la mode aujourd’hui, le porno, c’est pour nous...

Mais Morad m’engueule. A la papa, à l’ancienne. Enfin bon. Combien sont morts pour avoir le droit de voter ? Combien ?

Oui, des milliers. Sans doute.

Faut-il donc mourir aussi ?

Non, il faut voter.

J’ai mis du temps à être d’accord avec toi, Morad.

Mais quelle impuissance quand même.

Je lis dans Télérama (Elle s’est abonnée, une erreur passagère...), "Les petits, même savants, ont besoin de modèles. Et les grands, même ignorants, peuvent être des guides." Il me semble que cette phrase d’une universitaire (Voyez le niveau de l’université) est révélatrice de l’impuissance. Tout est bon. Feyerabend. Tout se vaut. Alors voter, tu parles.

Et puis Paris à vingt-deux ans, c’était quand même autre chose. Les dix-huit vingt-quatre ans votent beaucoup pour Marine Le Pen aujourd’hui parce que, dixit la radio, il y aurait beaucoup de médecins étrangers à l’hôpital. Belle causalité. Ne pas comprendre que les médecins étrangers glissent dans des vases communiquant, c’est fort.

Place Saint Michel à Paris, même sous la pluie en noir et blanc, même avant Noël. On n’aurait pas eu l’idée de voter Le Pen.

Je vais donc voter dérisoire, je vais voter Mélenchon. Je me fous bien de ce qu’il fera quand il ne sera pas président. J’ai l’impression que c’est le seul républicain réaliste. Je sais bien que c’est faux. Qu’il n’est pas le seul puisqu’ils ne le sont pas. Mais voter Mélenchon, c’est comme voter "blanc" en gras et souligné. C’est un peu grossier, un peu kitsch. C’est un gros Fuck you, et c’est bien.

Ça ne ramènera pas Saint Michel au printemps. Mais c’est juste pour foutre un peu la merde en croyant encore qu’élections = piège à con.