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La beauté des lieux

lundi 4 janvier 2016, par Grosse Fatigue

Souvent je pense à la beauté des lieux. Rien ne m’emporte vraiment. Pas même les paysages ni les panoramas, il y a toujours quelque chose de trop dans le cadre. La monotonie. Rien ne m’emporte de ce décor d’aujourd’hui. La standardisation globale du confort et de l’accès y sont pour quelque chose, même si le pittoresque ne m’a jamais non plus vraiment séduit. J’attends toujours en partant loin que le lieu me séduise, comme si la séduction était faite d’une nostalgie évidente. Mais les choses changent et se ressemblent. Sur les photos des années trente, les gris et les blancs, les noirs et la lumière, le décor en général et les signes alentour m’ont toujours donné l’impression que quelque chose se passait, quelque chose qui soit fait exprès, et qui donne à voir de la beauté, des proportions, un point de fuite, et presque comme une mise en scène. J’envie les photographes de l’époque des voitures américaines à ailerons, des usines à cheminées, des fonderies rouges de lave, des femmes élégantes. J’envie les photographes d’avant les années quatre-vingt. Que s’est-il passé alors ? S’agit-il de la même chose que dans la musique populaire, qui a vu Dépêche-Mode détrôner disons, les Stones ou Led Zeppelin ? Il me semble même que Michel Delpech avait du talent, maintenant qu’il est mort, et je cherche en vain aujourd’hui un chanteur atteignant la profondeur d’un Nicolas Peyrac. Ouh là là.

Revenons au décor.

Peut-être faut-il mettre les photos dans un panier et les ouvrir dans trente ans. Pour ma part, je me suis débarrassé de celles qui contenaient l’image de la mère de mes enfants, vision insupportable. Dans trente ans peut-être, juste avant ma mort optimiste, peut-être aurais-je plaisir à voir - Alzheimer - cette jolie femme en noir et blanc entourée d’enfants souriants ? Je prie Alzheimer de ne pas m’oublier. Vivre avec la mémoire du décor, ça n’est pas toujours agréable. Peut-être est-ce pour cela que la nature est bien faite et que la mémoire se perd.

Allez savoir. Telle est la question.

J’ai cherché à Madrid des traces de la guerre d’Espagne. J’ai cherché Orwell et trouvé Hemingway. Mais rien d’autre. J’ai cherché des angles de vue, des perspectives. Je n’ai pas pu changer d’objectifs, j’ai voyagé léger, j’avais deux appareils, un 28 mm et un 43mm sur un reflex. De là, rien n’est vraiment né de cette nostalgie des lieux et des objets. Après tout, Madrid ou Lyon, ou Berlin ou bien n’importe où : mêmes enseignes, mêmes vêtements, mêmes perspectives. Pas de guerre d’Espagne, pas même un musée dédié. J’ai compté les impacts de balles dans certains quartiers, et le parc qui vit la bataille principale en 1937 n’est qu’un vaste désert froid où j’avais uniquement envie de faire du vélo. Rien à voir. Rien à dire. Starbuck Café.

Point à la ligne.

Reste Detroit et les vestiges de mes années d’enfance, de l’abondance d’une ville industrielle où je ne risque pas d’aller avant longtemps. Ou alors : faire des nues. Vulgaire.