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Qu’es-tu allée chercher ailleurs ?

mercredi 25 novembre 2015, par Grosse Fatigue

J’écoute à la radio une émission sur les convertis de la guerre sainte, ces enfants simples et normaux, ma fille n’est pas une terroriste, c’est ce que dit une maman sur les ondes. Je me pose cette question lancinante depuis tant de temps. Ce qui nous fascine. Il y a des choses qui nous fascinent. Ces enfants sont partis pour le pire, avec des certitudes, et le pire c’est la mort. La vie est-elle si lourde à porter que l’on en vient à désirer la mort, comme ces fascistes espagnols qui la voulait si vivante qu’ils criaient "Vive la mort" ?

La mort n’est rien. Il faudrait s’en convaincre aussi. Mais dans ce cas, il faudrait reconnaître que la vie est elle aussi minuscule après tout.

Nous en parlions autour du repas hier soir avec les enfants. Nous avons pris l’habitude de commenter ensemble le journal télévisé le soir. C’est une gymnastique philosophique intéressante. Les enfants comprennent quand on leur explique. Quand on met en perspective. Même les remarques les plus insignifiantes sont lourdes de jolies promesses, oscillant de l’inquiétude à l’humour.

Et c’est bien.

Mes enfants m’ont rassuré. Papa, on ne risque pas de se convertir à quoi que ce soit, ne t’inquiète pas.

Ils ont passé le premier âge où la croyance se cristallise, vers six ans, ou la chose devient dure et certaine, où les certitudes durcissent et se posent comme des fondamentaux. Mais il existe un autre âge où l’on se met à croire à n’importe quoi, un âge souvent désespéré, à l’adolescence, ce temps flexible et loin de tout où l’on se cherche, paraît-il.

Ils me rassurent mais je crains le pire, c’est dans ma nature.

A vrai dire, je pense aussi à leur mère, qui n’est plus là, et qui est, elle aussi, partie vers le pire. Qu’es-tu allée chercher ailleurs ? Quand on aime, il faut partir. Allez, j’en conviens. Moi aussi j’aurais pu partir, mais à chaque fois, j’ai pesé le pour et le contre. La part des choses. J’aurais sans doute trouvé des bras plus chaleureux, et de l’amour et du désir. Je n’aurais pas eu cette impression permanente de n’être qu’un accompagnateur dans un voyage de plus en plus long et monotone. Bien sûr. Mais perdre le reste, le plus fondamental, des enfants dans un jardin, des amis et de la musique et, bien pire, un passé qui a fait ma vie, non merci. L’aventure j’ai connu.

Qu’es-tu allée chercher ailleurs, vers ce pire dont on t’avait prévenue ? Pourquoi être allée vers cet homme ignoble, ce type qui se permet de m’écrire sur douze pages à quel point mon origine sociale le dégoûte, à quel point je suis ridicule quand je chante ou je joue de la batterie, et à quel point il va sauver les enfants de ma femme de ma propre médiocrité ? Ce type qui se vante de tout et n’a aucune limite (oui, c’est à cela qu’on les reconnaît), cet homme aussi ridicule que les cochons dans une chanson de Brel. Ce type qui a été le mari de celle qui fut ta meilleure amie et qui, durant huit ans, nous a prévenus de sa perversité ? Ce type que tu as amené en ma présence, qui est venu faire du vélo avec nous, qui a partagé nos fêtes et nos repas devant nos meilleurs amis, sans vergogne.

Ce type qui se vante de te baiser comme une Ferrari alors que, paraît-il, je me contentais d’une Fiat 500.

Et toi qui considère cette lettre abjecte comme une déclaration d’amour...

Je n’invente rien. Tout est vrai.

Alors Daech....

Non, rien ne m’étonne.

Ce médiocre n’y est pour rien. Il sait jouer ce genre de partition. Il l’a jouée avec celle que tu viens de remplacer et qui, elle-même, t’a prévenue de sa propension à détruire les enfants....

Non, je n’invente rien.

Ces quelques lignes résonnent étrangement en moi, car ce départ vers le pire, c’est le même que celui de ces gamins qui partent pleins de certitudes, vers un pays où on leur promet le contraire de qu’ils pouvaient être ici. Abandonner sa famille et ses enfants, tromper ses amis, mentir en permanence et aller redessiner le passé, dans une requête en divorce infamante.... Finalement, personne n’est à l’abri du pire, de ce pétage de plomb dont on me parle continuellement. Nos rationalités sont partielles. Il reste en nous un mystère, une métaphysique, une science occulte sans science à vrai dire.

En nous, il y a le pire.

Il faut l’accepter. C’est ainsi que l’on comprend mieux le monde, c’est ainsi que l’on peut essayer de faire de son mieux.

Mais ça fait chier, à vrai dire.

Ça fait vraiment chier.