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Je connais le coupable

mardi 20 mars 2012, par Grosse Fatigue

Je connais le coupable.

Elle marchait face à nous le long du distributeur du Crédit Agricole. Et puis elle a vu le petit, ses cheveux noirs, ses yeux noirs, sa peau café au lait. Elle m’a sans doute vu aussi, les yeux bleus, la peau claire, des restes de blondeur très tardive, parce que les blonds par chez nous le sont plutôt enfants, ce qui reste un mystère bien intrigant, car le contraire n’existe pas. Seules quelques illuminées continuent à croire qu’elles sont blondes alors qu’elles sont brunes et souvent bien plus jolies brunes que blondes mais on s’en fout totalement. Du moins, on devrait.

C’est une vieille femme à la bouche plissée de dégoût. Le dégoût a tellement marqué sa vie que les rides lui font une scène de théâtre buccale, même au repos elle est dégoûtée. Même en dormant, elle est dégoûtée. C’est sans doute qu’elle rêve d’un autre monde, cette vieille femme. Et même en s’avançant vers nous, je l’ai tout de suite vu : son dégoût pour un gamin de deux ans et demi ne pouvait provenir que de la couleur café, des yeux noirs et des cheveux bouclés.

Le petit est tout au bonheur de marcher dans une rue piétonne, dans un pays en paix, ce qu’il ignore par ailleurs. Il fait beau, c’est l’insouciance. Mais le visage de la vieille femme en noir m’interpelle. Elle en rajoute. Des amis par la suite me diront que c’est une folle, c’est ainsi que l’on se débarrasse des logiques démoniaques : ce ne sont que des fous. Bien sûr.

Le petit avance vers elle, elle se colle au mur. Au mur ! Puis, libérée de la potentielle pourriture d’un enfant de deux ans et demi, mon fils, elle passe très près de moi et souffle : "Petit bâtard".

Histoire vraie.

C’était en septembre il y a deux ans.

"Petit bâtard".

J’ai juste eu le temps de dire "Pardon ?" avec un point d’exclamation mais elle n’en attendait sans doute pas tant. Car les enfants couleur café étaient nombreux ce jour-là, mais, calculatrice, elle avait bien compris qu’étant le seul père seul avec son fils, il me serait difficile de la poursuivre, de la rosser, de lui en coller une ou, plus simplement, de la rattraper pour lui expliquer que l’unité de l’espèce est une telle évidence pour qui aime un peu la science qu’il vaudrait mieux laisser le terme de bâtard aux éleveurs de chiens...
Je me suis alors souvenu qu’aux Etats-Unis, la plupart des blancs préfèrent, entre deux maux, que leurs enfants soient homosexuels plutôt que de les voir batifoler avec des Noires ou des Noirs ou des Asiatiques ou cocher la case selon vos goûts. Je me suis aussi souvenu que la plupart des homosexuels pensent la même chose que leurs parents. La race, c’est du lourd.... Mais je pardonne aux Américains, qui sont de grands enfants avec des flingues, et je remercie l’Océan Atlantique de nous séparer d’eux, au moins un peu.

Mais quel rapport entre la vieille dame vichyste et les Américains ? Ne serais-je pas en plein hors-sujet ?

Non. Oh non.

Nos nouveaux tueurs européens ont tout appris d’outre-Atlantique. Grâce au web, ils ne sont plus seuls. N’importe quel abruti trouve des amis dans son genre, une idéologie ad-hoc et la panoplie qui va avec. Pour les flingues, voyez l’ex-Yougoslavie. Puis ils agissent seuls, car, là encore, c’est écrit dans les guides d’outre-Atlantique.

La vieille dame ne sait sans doute rien de tout cela. Je la vois plutôt coincée entre un Jésus aryanisé, sans doute parce que ma mère elle-même l’imaginait blond aux yeux bleus et assassiné par des Juifs.... Coincée donc entre celui-là et le balai-brosse de ses vieilles toilettes, refuge d’un corps inutile et simplement fonctionnel car tout ce qui en sort n’est pas d’or, mais de merde.

J’ai donc continué mon chemin avec le petit. Et puis j’ai vu tous mes bouquins sur la Seconde Guerre, dans leur désordre habituel et rassurant. Comme David Vincent, je sais depuis toujours qu’ils existent. Je sais maintenant qu’une vieille femme peut vouloir la mort de mon fils, d’un enfant de deux ans et quelques, parce qu’il ne correspond pas au profil-type des chiens qu’elle préfère.

Alors ?

Rien ne m’étonne plus. Jamais !