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Qui a tué grand-maman ?

jeudi 15 mars 2012, par Grosse Fatigue

J’ai encore passé une soirée avec des appauvrisseurs. Je ne sais pas si ça prend deux "p" car ça n’existe pas. Des amis d’amis de loin en loin. Et qui vantent les mérites des technologies modernes, de leurs bagnoles et de leur toits ouvrants. Et moi dans ma tête, j’écoutais en boucle "Qui a tué grand-maman", une vieille chanson de Polnareff, du genre à vous forger la mélancolie dans l’âme si vous l’avez écoutée, comme moi, aux alentours de vos huit ans et à la fin de l’automne 76 qui fut pluvieux avant d’annoncer un hiver sombre et long.

Je comprends bien que, dans la soirée, il faut que je m’éclipse, c’est-à-dire que je me taise, avec mon walkman™ cassette-cd euh, ipod™ virtuel dans ma tête bien engoncé, à défaut des convictions des autres. Sur ma main gauche j’ai fait tatouer tais-toi, ce qui sonne très bien avec tatouer. Tatouer tais-toi. Je regarde mon tatouage, aussi virtuel que la finesse de l’amie d’amis qui parle du confort de son nouveau GPS. Polnareff chante qu’il y avait du silence à écouter. Je ne lui fais pas dire. Les boules quiès™, c’est quand même les boules en société. J’appuie sur "repeat" et les premières notes de piano, en mineur bien sûr. Les fleurs qui poussent dans son jardin, seules restent les pensées, etc.

L’ami de l’amie d’amis avoue utiliser une autre marque de GPS que son espèce de femme divorcée et sans illusion. Le sien est mieux, plus précis, plus clair. Ça ne les empêche pas de vivre ensemble. Enfin, j’imagine : pas encore. A vrai dire je n’y comprends rien. J’ai envie de chanter en lui vomissant sur son crâne chauve toutes les chansons de Ferré que je n’ai pas encore apprises par coeur. Et de le traiter d’enculé, parce que, je m’en excuse : l’alcool fait son effet. Mais il est difficile de chanter du Ferré en traitant un pauvre type friqué d’enculé. En plus, nos amis communs, je les aime bien. Leurs enfants sont bien élevés, malins et rieurs. Par contre, les enfants des appauvrisseurs ressemblent mot pour mot aux petits-bourgeois de mes lointaines accointances années quatre-vingt, de ceux qui écoutaient Dépêche-Mode ou Indochine pour se préparer à être de droite et, à ce prix, de mauvais goût. Les gamins nous interpellent et nous coupent la parole, en jouant sur leurs petits écrans portables à des jeux pas très humanistes. Je leur précise qu’ils sont assez mal élevés et qu’ils feraient mieux de monter voir les autres au premier, avant que, en bon père de famille chauve et aigri, je ne leur en colle une histoire de ne pas contredire les penseurs réactionnaires Finkielkraut, Renaud Camus et Pascal Bruckner et même Alain Renaut. Ils avouent n’en connaître aucun. Je présume que leur philosophie se résume à David Guetta. La mère de mes enfants me fait alors un signe assez caractéristique ou prétendument tel : je dépasse les bornes, celles que les cons nous gargarisent avec, comme Youri gargarise, pour la rime par exemple. Putain je bois trop. Ce n’est pas que le vin soit vraiment bon. C’est le LEUR, et c’est cheap, faut pas compter sur les nouveaux beaufs pour la générosité. Leur pinard est aussi assommant que leurs enfants.

Et puis enlève ton casque qu’elle me dit ! Enlève ton casque ! Mais je ne peux pas : j’ai mis de la superglue™ sur les écouteurs. C’est à la vie à la mort maintenant, la musique. Les petits dégénérés me regardent avec la malveillance des enfants-rois. Je ne suis plus un adulte à leurs yeux - d’ailleurs, qu’est-ce qu’un adulte à leurs yeux, si ce n’est un conseiller bancaire ?

Et pourquoi tu gardes ton casque ? me dit l’un d’entre-eux.

Pour oublier je lui réponds. Pour oublier.

Qui a tué grand-maman.