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A partir de rien

mardi 13 octobre 2015, par Grosse Fatigue

Ce soir les gamins me bombardent de questions. Des tas de questions sur Galilée, Newton, Jupiter et la terre, l’éloignement de la lune, la planète des singes, la vitesse de la lumière, les extra-terrestres et les exoplanètes. Le petit imagine des monstres bleus pendant que ses sœurs posent des questions bien plus sérieuses sur le temps du voyage de la terre à la lune. Je découvre chacun d’entre-eux. Le grand est parti voir un ami à un concert, et je lui donne l’autorisation de dix heures un mardi soir, parce qu’il a quinze ans, et qu’est-ce que c’est bien à quinze ans, de voir un ami jouer du saxophone....

Les filles mettent du cœur à l’ouvrage. Oui, je sais ce qu’est une multinationale, oui, la mondialisation aussi, ben c’est ça que d’avoir un père mes filles ! Et le petit de nous parler des araignées géantes sur Uranus, un mot rigolo. Mais le débat s’envenime sur Pluton : planète ou pas planète ? De fils en aiguille, on arrive au Big Bang, et là, le petit nous dit quand même papa, c’est improbable tout ça, c’est fou, c’est inimaginable ! Une petite étincelle là où y’avait rien et y’en a qui croient en dieu ! Mais les gens sont bizarres papa, en même temps, c’est quoi le rien ? Moi, j’arrive pas à comprendre !

J’explique à la plus grande que l’univers doit avoir une taille équivalente à quinze milliards d’années multipliés par la vitesse de la lumière. Elle est soufflée. Moi aussi à vrai dire, je n’y avais jamais pensé. J’en profite pour fermer la base de données de gestion des baby-sitters que je viens de développer, même si j’ai encore du mal à faire le récapitulatif par mois, je m’en sors bien, le prototype a de la gueule. Je leur montre comment faire des liens avec un identifiant unique. Elles n’y comprennent rien et moi non plus, mais ça me sert d’exercice intellectuel, comme d’autres les mots croisés.

Quatorze millions d’années. Et si la vie était différente ailleurs ? Et s’il n’y avait pas besoin d’eau, d’oxygène, ou de carbone ? Et le petit : et si la vie, c’était les pierres sur une autre planète ? Et les sœurs d’en rire. Ah non, la vie n’est pas définie par notre vision anthropomorphique les filles, mais par l’objectivité scientifique. Rien ne peut vivre sans eau, c’est une condition étrangère à notre imagination, comprenons-nous bien !

Oui mais papa, le rien, là, ce qu’il y avait avant, c’était peut-être dieu, non ?
Mais non, c’est pas possible disent les filles, et d’ailleurs papa, Jésus, pourquoi il s’est pris pour un dieu ? Comment lui est venu l’idée ?

Parce que c’était à la mode. Les rabbins de l’époque se prenaient beaucoup pour le fils de dieu, plein de gens ne pensaient qu’à ça, et voilà. Ah mais papa, Jésus a quand même été le meilleur, puisque tant de gens y ont cru.

Je ne peux pas dire le contraire.

Toute cette discussion après le repas du soir, à partir de rien, tout un univers, qui m’a fait du bien. Autrefois avant la vie, il n’y avait pas de mots, pas de certitudes, rien. Là ce soir, des idées et des visions, des petits mômes qui rêvent. C’est quand même mieux que rien.