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Sie kommen

mardi 13 octobre 2015, par Grosse Fatigue

On en parlait au déjeuner. Les autres profs se taisent. "Ils arrivent", c’était le titre d’un livre sur le Débarquement vu par les Allemands. Ce midi, c’était les fachos, les nôtres, les relookés. Ils ont un énarque et quelques proprets, trois ou quatre dandys et des carriéristes à Sciences-Po Paris. Voilà ce que c’est quand on baisse le niveau Didier, quand on baisse le niveau, Sciences-Po se retrouve avec des fachos, aussi.

J’étais désolé de voir tout cela à la télévision avec les enfants. Papa, tu crois vraiment qu’ils arrivent ?

Oui. Ça fait trente ans que je les observe. Maîtrise, DEA, thèse. J’ai tout fait sur eux. Je ne pensais pas qu’ils arriveraient comme ça. Mais Sie Kommen, c’est certain. On leur offre un tapis rouge. On ne sait pas comment leur dire que... Par exemple, personne ne leur dit que la France se mélange beaucoup AUSSI. Personne pour leur dire...

Que ce facho - leur frère - d’Erdogan débarque, et c’est dix-mille voix en plus pour eux. Tout est fait exprès, comme un fait exprès. Marine sera au second tour, j’en mets ma main à couper. Pour le reste, on verra.

2017.

Mais papa, on va faire quoi ?

On va rester à la maison. Le lendemain des élections, les Dupont-Lajoie et le mec de votre mère vont descendre dans la rue, fiers d’être français et minables enfin réunis pour le tir aux pigeons. Les villes rebelles se barricaderont et l’on fuira à Toulouse je ne sais pas pourquoi. On fuira peut-être... Je fais confiance à Nougaro. On passera les Pyrénées à l’envers, pour aller à Barcelone. Je sais bien qu’on y trouve une librairie néo-nazie, mais bon. On traînera un peu sur les traces des grands-parents de Lydie Salvaire et on ne pleurera pas. On pensera à Orwell et moins à Bernanos, quoique. On attendra que ça se tasse. Si ça se tasse.

Je serais là les enfants, ne vous inquiétez pas.

Ils arrivent. C’est fou, c’est lent, c’est irrépressible. C’est l’époque. Tout reflue depuis quarante ans. Dès la new-wave, on aurait dû se méfier des crétins d’Indochine : c’était comme un signe cette musique de merde et ces quatre débiles. Il fallait faire simple et faire de l’argent. Le reste était à l’avenant. Une première élection régionale, Dreux, et la suite que l’on connaît. Nous voilà pris entre deux fascismes, celui de la moustache et celui de la barbe, comme j’aimerais être une tondeuse pour en finir avec ces rasoirs-là ! Mais il n’y a rien à faire. Le grand mouvement pour la bêtise se rengorge de technologies et de réseaux sociaux. On peut même y ajouter des métis hargneux si Dieudonné, si malins, ou des Soral petit antiquaire des idées d’hier, date de péremption garantie, péremptoire aussi.

Ce n’est de la faute à personne. L’horizon de l’extrême-droite va s’ouvrir à de nouveaux cadres proprets et l’on y comptera sa part d’homosexuels du même bord, ce qui fut toujours le cas, mais là au moins, ils ne feront plus semblant, ils ne se cacheront plus : quelle chance Freddy Mercury ! Quand on pense que celui-là est mort et pas eux... En profitant de la tolérance de l’époque, ils ne se cachent plus mais conservent leur haine habituelle, à la Renaud Camus, comme ces prêtres qui nous demandent d’enfanter pour compenser leurs impuissances. Quel monde ! Quel monde ! Une certaine gauche fait le lit d’une extrême-droite en nous faisant croire que tout se vaut, qu’il faut tolérer jusqu’à l’absurde, et que l’on ne vaut rien nous-mêmes, à trop lire Voltaire.Tolérer nos futurs tueurs, sous prétexte qu’ils croient se voiler la face.

Moi, j’aime bien Régis Debray. J’aime bien Voltaire aussi. Et je boufferai du curé tant qu’il y en aura, même sous un autre nom, même américain. Car à vrai dire, l’Amérique nous a bien aidé à ne plus nous sentir français - je veux dire universel - en nous imposant un relativisme bien dégueulasse, qui donne des droits civiques à des Noirs à condition que ceux-là restent parqués dans les certitudes raciales qui les asservissaient. Allez comprendre.

Oui ils arrivent.

Et que ferons-nous si nous ne sommes plus personne ?

Quel sentiment de grande solitude tout à coup !

Que ferons-nous ?