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Les jours qui viennent seront lourds de solitude

lundi 28 septembre 2015, par Grosse Fatigue

Lourds de solitude. J’imagine qu’ils le seront. Ils vont revoir le petit souriant, sur les premières photos, dans ses premières couches, puis à la maternelle, au parc, au manège. Les photos, ils finiront par les cacher. Mais là, ce n’est pas la priorité. Ce qu’ils vont faire, c’est s’occuper de l’enfant. Il n’y a plus rien à espérer. Ils vont parler de la douleur, et le regarder encore et encore. Ils vont sentir l’injustice, à cause de la jeunesse. On ne tue pas les enfants, mais les regarder mourir...

Ils vont se relayer. Des infirmières leur apporteront de l’eau.

Le père ira faire des papiers. Préparer la suite.

Puis la mère fera de même.

On parlera de soulagement. On parle de ça dans ces moments-là. Mais ça ne soulage pas du tout.

Puis il y aura la dernière douleur. Celle du petit, on ne la connaît pas. Mais celle des parents, c’est une déchirure, quelque chose dans le corps qui disparaît, le passé, le présent et l’avenir : tout disparaît en une seconde. Les jambes s’effondrent. Les larmes en torrents. C’est la fin des temps. Et ça dure longtemps. Après, on essaye et on fait de son mieux. Mais rien ne marche plus comme avant. Rien.

Puis le silence et la nuit, quand c’est la nuit. Si c’est le jour, l’attente de la nuit.

Les amis ne savent pas quoi dire, ni quoi faire. Trop présents, pressants, distants, ils ne savent pas. Car ils n’ont qu’une peur : la contagion. On peut s’écrouler quand l’enfant des autres est mort. On a peur pour soi et pour ses enfants, et surtout : on s’imagine. On s’imagine à la place des parents, ces amis que l’on croyait à l’abri parce que l’on se croit à l’abri. On pleure avec eux, on fait les forts. Mais rien ne marche.

Le jour des obsèques, il n’y a rien à faire. Les croyants savourent leur naïveté, les autres les envient un instant. S’ils réfléchissent trop, le château de cartes s’écroule lui aussi : tout cela n’a aucun sens.

S’il y a des frères et sœurs, ils deviendront fous, à l’intérieur.
Le chat, s’il y a un chat, cherchera le petit.

Puis la solitude.

Puis la rancune. Pourquoi nous, pourquoi nous ? Non pas pour se dire et pourquoi pas les autres, mais simplement pourquoi ?

Alors les gens les prennent dans leurs bras et compatissent.

On les regarde en ressentant ce qu’ils ressentent.

Il n’y a rien à faire.