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La dame réclame un cessez-le-feu

vendredi 24 février 2012, par Grosse Fatigue

En plein massacre syrien, les journalistes prennent des risques. Au milieu des enfants que l’on égorge, dans les rivières de sang et sous les pluies de bombes, nos courageux compatriotes ramènent paroles et musiques d’un air déjà bien connu : tu la veux ta putain de guerre ?
Oh que oui, et surtout chez le coiffeur quand, de temps en temps, j’ouvre l’un de ces canards plein d’images jpeg parfois pixellisées, souvent surexposées, qui nous montrent l’horreur. Que faire pour aider les dirigeants trop pauvres d’un pays pauvre pour qu’ils s’achètent des jeux vidéo de guerre ? Salauds de pauvres !

Et ce matin à la radio, j’entends ce message incroyable. Une journaliste de l’un de ces canards de chez ma coiffeuse, une journaliste in situ a la jambe cassée. Il faudrait l’opérer. Et comme la journaliste de chez nous a aussi les moyens de nous contacter, elle demande, très sérieusement, un cessez-le-feu pour elle, pour sa jambe cassée. Pour qu’on la sorte de la fournaise. Pour qu’on l’opère au Liban. Pour qu’elle rentre à la maison. Elle est blessée par erreur vous comprenez. Elle n’y est pour rien à tout ce merdier. Ce jeu vidéo vous pensez bien, était trop violent. Et puis, elle ne l’a pas fait exprès quand elle a plongé dans son écran plat et s’est retrouvée dans la réalité vraie de l’horreur pure où l’on égorge tout ce qui s’égorge, rivières de sang, etc...

Voici enfin l’illustration pure et parfaite du cynisme. Je vois mal James Nachtwey en plein Vietnam appeler Nixon pour qu’un cessez-le-feu lui permette de ne pas rater le dernier épisode de Happy Days. C’était quelqu’un. Il avait le sens des réalités.

T’as la jambe cassée pauv’conne ? Et tu veux un cessez-le-feu rien que pour toi ? Et tes confrères journalistes à la radio ne se rendent même pas compte de l’indécence de tes propos ?

Une idée : quand l’ambulance quittera spécialement pour toi le "lieu des combats", essaye d’y entasser trois à quatre mille enfants pour pas qu’on les égorge, tu deviendras une vraie star, pauvre conne.

Et si jamais, par un heureux hasard, leur poids finissait par t’étouffer un peu , et même si tu arrivais ratatinée à jamais au pays du cèdre, écrasée martyre, c’est que, sache-le, tu auras enfin fait bonne figure : figure humaine...