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Contre Onfray, tout contre....

lundi 21 septembre 2015, par Grosse Fatigue

A force d’aller à contre-courants, on retrouve d’autres embarcations. Ce ne sont pas les mieux loties, ni les plus flamboyantes. Mais on y trouve des capitaines bretonnes pleines d’entrain, qui remontent la pente en nous faisant croire que l’on peut rajeunir, si le désir est assez fort. On nous fait croire qu’un autre monde plus ancien est possible, qu’il est préférable, que l’on supprimera les derniers wagons des derniers métros, que tout est affaire d’en-train. L’heure est aux transports.

Alors bien sûr, si vous aussi vous allez à contre-courants, ceux-là vont maintenant vous croiser, vous observer de loin, et faire de leur mieux pour vous utiliser.

C’est ce qu’a fait Alain de Benoist pendant des années. A défaut d’être un intellectuel - on ne peut pas être d’extrême-droite et accepter l’idée d’une pensée abstraite primordiale - le petit Alain a de la suite dans les idées. Il a puisé chez Gramsci un tas d’idées, puis chez Louis Dumont, dans la gauche marxiste et structuraliste, chez les tiers-mondistes, un peu partout quand ça l’arrangeait. Car chez ces gens-là, monsieur, s’il est une chose que l’on n’aime pas, c’est bien la modernité, ce savant mélange qui libère des individus, grâce à une vision démocratique d’un Etat souverain… Enfin bon, je m’avance.

Quand j’ai entendu Onfray dire du bien de l’auteur de « Vu de droite », je me suis dit, Oh putain le con, quand même pas ! Oui, je me suis dit cela et pourtant, je n’étais pas au pied du Ventoux à boire un pastis après avoir vaincu le géant de Provence. J’étais chez moi à regretter l’absence de mes enfants, comme tous les soirs quand ils ne sont pas là. Voilà donc Onfray, qui m’était sympathique jusqu’à son avant-dernier bouquin, mais qui se vante dorénavant de boire le champagne dans les caves de la même région avec quelques peignes-culs télévisuels, le voilà donc à dire du bien d’un autre qu’il considère comme allant de soi, disons allant comme lui, à contre-courants. Puis on l’accuse de faire le jeu du Front National : belle affaire, emballée, c’est peser.

Et pourtant, je suis assez d’accord avec Onfray. Un autre l’a dit avant lui, dans un tout petit livre salvateur « La diversité contre l’égalité ». Il y est question de la gauche libérale, celle qui n’a plus l’espoir de changer le monde mais qui propose à chacun d’accéder aux bienfaits du capitalisme avancé en évitant, dans la mesure du possible, ses dégâts. Et quels dégâts ! Cette gauche qui a tiré au sort ses élites n’a pas fait la fine bouche. Elle a accepté les mirages du multiculturalisme au nom de la lutte contre le colonialisme, et j’ai été surpris de voir que même Charlie Hebdo se mettait à défendre l’idée généreuse de l’assimilation la semaine dernière… On en a fait du chemin ! (J’avoue en fait que, dans Charlie, en passant d’un article à l’autre, on défendait l’assimilation et son contraire, bref…). Cette gauche défend les minorités, toutes les minorités, leur donnant la puissance des lobbies qu’elle a, un temps, refusés, pour mieux tendre la main et prendre l’obole…. Le clientélisme de la gauche caviar lui a permis d’en reprendre une bonne louche. Ses priorités ne vont plus aux prolos, et encore moins à leurs enfants… Non, ce qu’il faut, c’est accepter tout et son contraire, et surtout, surtout, la tolérance ! Il faut aujourd’hui tolérer la dimension réactionnaire d’une religion que l’on considère être la religion de pauvres, alors que l’on n’imaginerait pas un instant de faire la même chose pour la religion d’autrefois, celle des bourgeois du coin, le catholicisme. La gauche s’est convertie au relativisme culturel, quitte à accepter d’un certain Islam ce qu’elle refusera toujours de n’importe quel facho bleu-blanc-rouge…

Quand on dit tout cela, c’est vite fait : jamais un site de gauche ne va vous faire une quelconque publicité. Vous êtes vraiment un type qui n’a rien compris. Vous êtes même, avouons-le, des leurs…

Des leurres ?

C’est exactement ce qui arrive à Onfray. Bien sûr, il en a rajouté. La colère, l’exaspération j’espère… Mais Onfray nous dit quand même des choses intéressantes… Et la modernité que l’on aurait dû défendre, où est-elle ? Et les Lumières à l’école ? Et cette nécessaire égalité ? Non, la classe dirigeante se moque bien de l’impératif de l’égalité sociale. Elle est là pour le spectacle. On diminuera les exigences à l’école afin que les petits prolos ne se sentent pas mis de côté. On pourrait au contraire les encadrer, leur faire faire des efforts, les éloigner au maximum de leur milieu d’origine pour qu’ils aient du temps, pour qu’ils lisent Voltaire. Oui j’insiste : je me souviens des instituteurs qui m’avaient éloigné. Et des professeurs de collège. Qui m’ont agrippé par la peau du cou, en me disant : « Fatigue, arrête de faire le pitre, et lis des bouquins d’histoire… ». Ça ma brave dame, c’était quelque chose. Mes vieux profs sont morts avec ces idées. Les enfants de la gauche caviar vont dans le privé, tout est mensonge. Alors le livreur de pizzas, le chômeur sur-diplômé, ces gens-là, oui, je vois bien ce qu’ils deviennent ma pauvre dame.

Hélas.

Ces gens-là voteront pour la menteuse suprême, parce que, parce que ? Parce que : c’est la seule chose que l’on n’a pas encore essayé.

Et ça n’a rien de rassurant.