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Mentir

jeudi 16 juillet 2015, par Grosse Fatigue

Il va falloir apprendre aux enfants. Même si c’est déjà ce que l’on fait en leur disant qu’il ne faut pas mentir.....

Il n’y a rien de mieux que le mensonge. C’est même ce que l’on préfère, ce que l’on recherche, ce que l’on désire. Les religions en sont faites, pétries, impatientes. Les cercles financiers, les banques, les partis politiques, le sport, mon ex-femme. Il faut apprendre à mentir, faire du marketing.

Chris Froome est un menteur. Je le sais, j’en ai parlé aux vieux hier matin. Les vieux étaient place de l’église, avec des varices aux mollets, le cul sur la selle, le torse aussi tordu qu’un arc, le dos aussi voûté qu’une cathédrale en ruines. Les vélos carbone, les vélos rutilants. Ils m’ont dit : "Ah, Grosse, un costaud de retour ! Ça fait du bien de te voir, tu vas pouvoir nous emmener !". Je n’avais pas envie de rouler seul. La solitude le mercredi matin, non merci.

Puis le moustachu a lancé à la cantonade, hier soir, j’ai vraiment eu honte... Nous savions tous de quoi il parlait. Après tout, c’est le troisième événement mondial, bien plus retransmis que la crise grecque ou les assassinats au Moyen-Orient. Après tout, les gens adorent cela. Après tout : ce sont de gros mensonges. Georges le moustachu, il en a connu ! Tu penses bien : école de cyclisme, les cadets, les nationaux, les courses, les petits jeunes, et le reste. Il connaît même les Français du peloton, pour de vrai. Il ne dit pas n’importe quoi. Alors quand j’en rajoute, il opine du chef : bien sûr que c’est impossible de monter dix kilomètres comme ça en respirant par le nez avec cette chaleur ! Sans ouvrir la bouche ? Bien sûr on le sait tous.

Bien sûr qu’on est trop vieux. Cassés, tortueux, pas frais. Mais on va pas nous la faire. Le Tour de France est comme tout le monde : il ment pour exister. Il nous faut une philosophie du mensonge comme il nous faut des super-héros. Mentir nous permet de sortir de l’ordinaire. On prend les DJ pour des musiciens, les bimbos pour des actrices, la télé-réalité pour la réalité. Mais la réalité ne vaut rien, elle est ordinaire et accablante. Alors qu’un énorme mensonge genre le petit Kévin a eu son bac avec mention, ça vous remonte le moral d’un prolétaire XXIème siècle. Merci Jean-Pierre Chevènement : 80% d’une classe d’âge au bac, Chris Froome en haut des montagnes, que sais-je encore ? Il faut mentir. Plus c’est gros et mieux c’est car : TOUT EST PERMIS.

Il existe - mon obsession - des filles (voilées) au nom de.

LA LIBERTÉ ! Et certains pour y croire !

Mentir.

Mentir aux gamins des banlieues : leur promettre le paradis au prix de la mort des autres. Ça marche à coup sûr. Raconter n’importe quoi à n’importe qui, balancer le filet dans le chahut profond de l’internet global : il y aura toujours quelqu’un pour mordre à l’hameçon (si l’on peut dire). Mentir : la philosophie grecque. Mentir sur la dette, sur l’avenir, le chômage, l’amour. C’est ce qui nous différencie de l’animal, mentir. Promettre, aller de l’avant, y croire, et surtout : et caetera.... Tout y passe. Le pape même ! Mettez le bazar ! Chiche que je vais le mettre au Vatican ton bazar gros menteur ! Chiche : pas chiche. Je me mens à moi-même tous les jours.

Il faut ça pour vivre. Il faut mentir pour croire, pour avoir besoin d’une nouvelle bagnole et avoir besoin d’un nouveau besoin. Ne pas être comblé, ni suffisant, il faut croire encore, se raconter sa vie, s’en éloigner même, oublier le vrai pour s’imaginer en haut de la fiche (de renseignements, big data, mal nécessaire : mieux se connaître, mieux nous vendre, mentir encore).

Ça va mieux en le disant. Même si je ne le pense pas vraiment.