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Je ferais bien mon attentat terroriste rien qu’à moi....

samedi 27 juin 2015, par Grosse Fatigue

A quatorze ans, j’ai acheté le 45 tours de Daniel Balavoine. Henri. J’en ai eu honte pendant longtemps. Mais franchement, l’histoire de ce mec frustré qui se voyait en haut de l’affiche et qui se chercherait un dieu pour tout se faire pardonner, c’était quand même prémonitoire....

Alors voilà, moi aussi je ferais bien mon attentat à moi. Moi aussi j’irais bien faire sauter l’Ambassade américaine ou celle de l’Arabie Saoudite, ou n’importe laquelle pourvu que l’on parle enfin de moi et que je dépasse les quatre-cents lecteurs par jour. Ah, la NSA m’a déjà repéré ! Merci Google™, merci les mots-clés... Moi aussi j’aimerais vraiment en finir parfois. Je pourrais aller tuer l’employée de la boulangerie parce qu’elle est charmante même si, sans doute, elle n’est pas restée très longtemps à l’école, et qu’elle est tatouée de phrases bourrées de fautes d’orthographe. Oui, j’irais bien l’étrangler, ou la décapiter, c’est à la mode, et je me chercherai un dieu pour tout me pardonner, ou pour me donner l’illusion que la vie a un sens et que ma minuscule taille dans l’océan humain n’est pas rien, rien de rien. Je pourrais aller tuer n’importe qui, comme ces types qui pêchent la carpe en dormant, la bière à la main, attendant que le sonar les réveillent pour qu’ils puissent faire un selfie avec un poisson avant de le rejeter à l’eau en rotant. Je leur balancerais bien une grenade comme mon père le faisait pour pêcher dans les rivières italiennes en 1944... Ah oui, il y a tant de morts à tuer, tant de gens que l’on déteste, tant de gens détestables. Mais il ne faut pas le faire pour cela. Il faut le faire pour une idée plus grande, une idée partagée. Le communisme et la révolution, c’est fini. La bande à Baader, la Fraction armée rouge, les Mao, c’est fini. Il faut un truc tout simple, depuis que la gauche nous a enseigné qu’il fallait respecter les religions des autres... Il faut un truc religieux. C’est bien là que le bât blesse. Je me vois mal tuer la boulangère pour des raisons religieuses. J’ai juste envie de tuer des tatoués, de tuer les parents des enfants qui ont une crête et du gel dans les cheveux à cinq ans et qu’eux-mêmes traitent d’enculés à la sortie de l’école. Mais j’irais aussi avec plaisir faire sauter les conseils d’administration des plus grands groupes afin de voir disparaître ces messieurs qui nous toisent. J’en finirais avec les promoteurs si je pouvais, avec les agriculteurs sur leurs tracteurs de science-fiction, avec Monsanto™ et la Scientologie, avec les antennes de télévision, avec la plupart des DJ le jour de la fête de la musique, oui, putain merde, moi aussi je veux mon quart d’heure de gloire, à lacérer les toiles de Warhol et les mensonges qui vont avec, à plastiquer (évidence) l’atelier californien de Jeff Koons et du mauvais goût planétaire, à faire taire mes collègues qui font le ramadan, moi aussi j’ai des milliers de raisons de détester le monde. J’irais bombarder les zones pavillonnaires si j’avais un Stuka, j’irais mettre de l’eau de javel dans les piscines privées des arrivistes, et une bonne paire de claque à la conne qui parle trop fort dans le train. Je ne me gênerais pas pour éclater le crâne d’un tas de types qui laissent leur moteur allumé même à l’arrêt, ou qui balancent leur mégot dans l’égoût, comme si tout était prévu. Je tuerais bien le maire de la ville qui programme chaque année un "artiste" populaire pour empêcher les gens de s’élever. J’irais bien flinguer les trois quarts de notre classe politique, et je rêve de torturer le quart restant pour qu’ils avouent où est le magot. Oui parfois, ça me prend, je suis un terroriste.

Je suis un terroriste.

Mais ça reste entre nous.