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Quelques jours avant l’été

lundi 15 juin 2015, par Grosse Fatigue

Il nous reste quelques jours avant l’été. Juste une ou deux semaines. Pas plus. Ensuite, l’été s’installe et l’année est finie. Je n’ai pas envie de faire le bilan de mes catastrophes intimes. Voir les gamins passer du rire aux larmes me suffit bien.

L’autre soir, les filles ont refusé de suivre leur mère dans la maison glauque de l’homme qu’elle aime. Je regardais la plus grande tancer la propriétaire de mes lieux, avec l’insouciance de ses treize ans. Maman, va-t’en. Mais va-t’en ! On ne veut pas être avec toi ! Et la petite qui ruminait. La petite rumine en silence. Parfois, elle m’en parle.

Je regardais les trois femmes de ma vie moins une, ce qui fait deux petites filles que j’aurais bien aimé ne pas plonger dans ce chaudron. Je regardais les coquelicots le long du mur, les marguerites et la chatte qui me demande tous les soirs une semaine sur deux la même chose : où sont les enfants ?

Je réponds à la chatte la même chose : les enfants, on vient de les tuer.

L’avocat me l’a confirmé, de son air pédant d’avocat : les enfants de divorcés mûrissent plus vite que les autres. Il pourrait me parler d’un vin ou de son Audi™ coupée. Je n’aime pas trop que l’on tue les enfants. J’aime que l’on prenne son temps, puisque toute l’année, j’attends l’été, du moins ces quelques jours avant l’été, où l’on savoure l’air plus chaud et plus sec, en attendant les grosses chaleurs, en écoutant le vieux 33 tours de Charlélie Couture.

Un ami m’a dit que j’étais réactionnaire. Ma vision de la famille unie est complètement dépassée. Une famille, ça va ça vient, ça s’en va mais ça revient, ça revient pas. Et puis, me dit-il, c’est trop tard. Tes gosses vont s’y faire. Ils sont malins et intelligents. Tu peux te lamenter sur toi, profite plutôt des jours les plus longs, ce sont de grands crus à savourer une fois dans l’année, avant que les nuits ne rallongent et que tu comptes le temps jusqu’à l’hiver, et jusqu’à Noël. Cette année, tu le passeras seul. C’est comme ça c’est prévu. C’est moderne, c’est la nouvelle conception de la famille. Il faut t’y faire, profiter de la vie et des bons moments.

Sauf que j’ai vu mes filles détester leur mère. Au début ça m’a fait du bien. Maintenant, ma nature reprend ses droits et très franchement je déteste cela. Les trois femmes de ma vie étaient très belles encore l’année dernière, même si la mère des deux petites nous mentait en souriant. Nous avions passé un bon été et vu les jours raccourcir. Puis on l’a vue partir.

Mais non mais non. C’est une conception du passé. La vie aujourd’hui, quelques jours avant l’été, c’est comme ça. On achète on revend on prend on jette. Il faut juste s’y faire, c’est comme ça à la guerre...