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Je voudrais juste dormir

lundi 25 mai 2015, par Grosse Fatigue

Je voudrais juste dormir. Sans cachet, sans somnifère, sans les rêves qui interfèrent. Je voudrais dormir. C’est douloureux maintenant. Les rêves me rappellent à l’ordre, de cet ordre des choses antérieures où tout allait bien, puis ils glissent systématiquement vers le cauchemar. La femme de ma vie d’avant-hier est radieuse et souriante, et se moque de moi en partant pour un autre. Combien sommes-nous à faire ce rêve entêtant ?

Il y a quelque part un ordonnateur des rêves. Ce rêve, je l’ai fait plusieurs fois, quand les autres sont parties. Ce n’était pas si grave, il n’y avait aucune trace, pas de ces petits bémols et de ces dièses qui me demandent de refaire une tarte aux pommes ou qui me disent que papa ça va aller mieux. Avant, c’était de la rigolade. Je dormais mal et puis ça passait.

Cet après-midi, j’ai compris en regardant un ami divorcé avec son cheval - il a divorcé mais pas de son cheval - il a divorcé il y a longtemps, et est parti pour une autre, j’ai compris que ce rêve sempiternel va durer dans la vraie vie et très longtemps : à cause des enfants. Ils auront des diplômes, des moments importants, seront capables de se marier s’ils ne m’écoutent pas, d’avoir des enfants c’est insensé, de tomber malade je ne l’espère pas. Et à chaque fois et pendant longtemps, je vais voir celle qui m’a craché à la gueule en rigolant et pas seulement en rêve, pas seulement en rêve. C’est le sort des pères ou des mères : le lien. Je ne peux pas changer de vie, de ville, d’identité. Je voudrais me dédoubler, retourner en arrière, Terminator™, ou Retour vers le Futur : oui, je voudrais m’empêcher de l’embrasser le 31 décembre 1997 quand des amis communs l’ont poussée dans mes bras. Comment faire ?

Je voudrais juste dormir mais je sais qu’il existe des théories spatiales où, paraît-il, le temps n’existe pas, il pourrait être aboli. Je voudrais qu’on l’abolisse en même temps que les mauvais rêves. Je voudrais dormir mille ans, la savoir disparue, et me réveiller avec mes enfants avant même de l’avoir rencontrée pour éviter le déluge. Je voudrais avoir le choix à nouveau, dormir parce que j’ai envie, et même choisir mon rêve : en un mot, m’apercevoir que je dors. J’étais à deux doigts de cette sensation-là la nuit dernière en faisant la course en vélo avec un ami cycliste, dans une ville inconnue, dans une descente vertigineuse. Un détail ne fonctionnait pas : j’avais un guidon extrêmement étroit sur mon vélo tout-terrain. Et je me suis fait la réflexion du rêve. Je savais que je rêvais mais ne pouvait l’avouer à cet ami qui n’y était pour rien. On ne peut contrôler ses rêves. Ils viennent par la chimie et le délire, selon les heures, par le symbole à d’autres moments. Ceux-là sont les pires et je n’en peux plus. Je ne veux pas rêver. Je ne veux pas savoir que l’on ne contrôle pas ses rêves, pas plus qu’on ne réussit sa vie. Je ne veux pas le savoir. Je voudrais juste dormir.