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Hurry punks ! Hurry !

dimanche 19 octobre 2014, par Grosse Fatigue

J’ai roulé avec John, qui est angiais et vient a changé de vélo pour une marque américaine fabriquée en Chine.

Je suis un bobo globalisé.

John avait autrefois un vélo italien très beau qui pesait dix tonnes et je souffrais dans les côtes quand je le voyais s’éloigner de nous, mais par derrière, comme collé au bitume.

John est venu boire une bière belge à la maison après la balade histoire de refaire le monde en plusieurs langues. On a parlé d’Italie et d’Angleterre, c’était la moindre des choses. Puis on a parlé de musique, et nous sommes tombés d’accord : We fuckin’ need fuckin’ punks !

Je n’ai moi-même jamais aimé les punks. En soixante dix-sept, j’avais onze ans, et le punk était déjà mort quand nous en avons entendu parler quatre ans plus tard, le jour où Mitterrand fut élu. Je détestais les petits bourgeois qui, pour faire peur à leurs notaires de pères, se perçait la joue avec des épingles à nourrice. Leur musique était merdique et sans sophistication, et seuls les Clash avaient de la gueule, bien qu’ils ne soient pas morts à vingt-sept ans.

Mais John rêve d’un mouvement qui balaierait devant sa porte, la porte de la musique de merde d’aujourd’hui, ce fameux mainstream qui nous fait croit que Beyoncé est Aretha Franklin alors qu’elle n’arrive pas à la cheville de Tina Turner d’avant Mad Max. Ces voix de merde et ses paroles minimalistes qui voient les midinettes raffoler de Benjamin Biolay quand on a eu la chance de voir la queue de la comète : Ferré, Brel, Aznavour.

Tous ces chanteurs de merde, ces groupes bidons, ces rappeurs endimanchés, ces fans de techno débiles, ces pseudo-révoltés du radio crochet devraient se mettre pour de bon à la guitare car, oui, car, comme disait Gainsbourg : la musique, ça s’apprend bande de connards. Bon, Gainsbourg n’a pas toujours eu mauvais goût et si j’ai aimé Birkin dans La piscine, c’était pour ne pas entendre sa voix, qu’on me pardonne.

Avec John, nous avons trinqué aux nouveaux punks, même si, hélas, nous avons quatre-vingt dix huit ans à nous deux, oui, aux nouveaux punks à venir, comme les barbares sur Rome, cette Rome où l’on a vu disparaître l’esprit de Nirvana quand le commerce s’est fait roi.

Oui merde : ça craint.

En cours, je rêve de punks qui casseraient à coups de marteaux les portables de mes petits gâtés qui le sont comme les dents des prolos le sont, comme les miennes à vrai dire. Des punks sans chien, des punks à marteaux, qui éclateraient le premier adolescent venu diffusant sa merde électronique sans casque dans la rue, comme si c’était son droit et non une déjection sonore banale. Des milices d’auto-défense de la bonne musique, voire même un peu de terrorisme californien où l’on verrait les sièges sociaux des empoisonneurs de nos rêves sauter aussi haut que les leurs, en finir avec l’électronique comme on voudrait en avoir fini avec le plastique, cette matière sans âme qui dure toujours, un peu comme Eric Zemmour j’imagine. Des lances-flammes dans les concerts pour les publics français qui tapent à l’envers sur n’importe quel groove (on tape sur le deuxième et le quatrième temps bon sang, la musique moderne, c’est pas la bourrée !), une grenade injectable pour les stars de la télé, que sais-je encore.

Avec John, ça nous a fait du bien de boire une bière belge en rêvant de Jimmy Page et de Bonham.

John Bonham.