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Ce qui va vraiment se passer

jeudi 12 juin 2014, par Grosse Fatigue

J’ai mis à jour le potager. C’est très difficile. Mais vraiment très difficile. Pas de téléchargement possible, pas de nouvelle version. J’ai arraché à la main toutes les herbes, les coquelicots, les pissenlits et d’autres dont j’ignore le nom bien que je les côtoie depuis tout petit. J’ai ensuite allongé tout cela pour pailler maladroitement, avant de balancer mon compost par-dessus. Les pommes de terres sont en retard, mais j’ai planté mes semis de tomates en pleine terre. Deux jours complets avec mal au dos. L’herbe repousse déjà, les insectes sont là, même s’ils sont minuscules et que la chatte les bouffe. Les framboisiers sont un grand bordel, les enfants picorent les fruits les plus accessibles. Les cerises pourrissent. Juin est une bénédiction, même pour un athée. (Il faut que je pense à envoyer mon courrier pour me faire débaptiser). J’ai acheté la bière la moins chère pour faire des pièges à limaces.

Mais les voisins.

Les voisins, les autres, achètent en grandes surfaces des produits pétroliers miracle. Je le sais en regardant mon basilic. Il est minuscule malgré le compost et la chaleur de la véranda. Les autres trichent, tous, à coup d’azote et de pesticides. J’explique tout cela au petit dernier qui me répond en parlant du dernier Spiderman™.

Petit, je te fais un cours d’économie, écoute-moi bien. Car quand tu seras grand, il faudra t’occuper du potager : Potagerman™, le vrai super-héros du futur.

J’ai retenu son attention.

"Quand j’allais à la pêche avec mon père, ton grand-père, oui, celui qui a fait la guerre, au bout d’un moment, je pêchais plus de poissons que lui. Je trichais. Je balançais de l’amorce dans un coin de l’étang, j’en mettais des tonnes et mon asticot attendait son sort au milieu de effluves de pommes de terre au sang de boœuf cru. Non, on va pas creuser pour faire un étang. Mon père détestait ma méthode : c’était de la triche. Je l’ai longtemps pris pour un type vieille école qui ne comprenait pas le principe de causalité. En gros, je le croyais un peu bête. Parfois même, quand il s’était endormi à-côté de sa canne à pêche sans grelot, je balançais discrètement de l’amorce autour de son bouchon, pour qu’il ne revienne pas bredouille."

Le petit ne m’écoute plus, il est parti dans l’arbre.

Mes voisins peuvent bien continuer, obèses, à acheter des engrais pétro-chimiques chez Jardiland™, un jour, c’est simple : il n’y en aura plus.

Ce sera ce jour-là que ça va vraiment se passer.

Ce jour-là, Barak Obama croit y avoir échappé grâce au gaz de Schiste. Ça durera vingt ans. Et puis, il va falloir trouver de la terre et de la main d’œuvre, pour planter à nouveau de quoi bouffer. Il n’y a aucune alternative à la fin du pétrole. Plus d’engrais, plus rien, pas d’énergie pour les tracteurs, aucun moyen de tuer les pucerons. L’écologie viendra d’elle-même, ce sera la fin. Toutes les autres hypothèses sont à soumettre à tous les gens qui roulent dans des 4X4 neufs. Vous comprendrez mieux ce qu’est l’esprit de résistance, enfin bon, l’autre esprit de résistance...

On aura disparu avant, pas toi le petit, là-haut, qui rigole dans l’arbre.

Trop jeune pour les cours d’économie, sans doute.