GROSSE FATIGUE cause toujours....

Accueil > Généalogie du dégoût > Il vaudrait mieux que l’on s’en aille

Il vaudrait mieux que l’on s’en aille

mardi 11 mars 2014, par Grosse Fatigue

En roulant entre la boue séchée et ces étranges billes d’engrais perdues par les bennes surchargées, je me disais que, oui, parfois, il vaudrait mieux que l’on s’en aille. Ce n’est pas que le plaisir soit absent. En vélo, il contraste entre la douleur générale et le mal au cul. Mais en regardant la taille des tracteurs, largeur et hauteur, en cumulant les hérissons écrasés, le blaireau raide dans le fossé, la poule faisane sans tête, l’absence d’abeille et la joie de vivre des conducteurs de 4X4 leurs smartphones™ collés à l’oreille, oui, parfois, il vaudrait mieux que l’on s’en aille. Sans compter cette femme qui me remercie pour la leçon, leçon toute bête que j’essayais de lui prodiguer en lui disant que son moteur était allumé. Pour une peine perdue, un grand départ. Et puis les preuves existent maintenant : Fukushima mon amour. La technosphère nous avait pourtant prévenus : le meilleur des mondes est inoffensif c’était l’évidence. Il faudra attendre la même chose ici dans l’hexagone, pour que d’autres se disent aussi qu’il vaudrait mieux que l’on s’en aille. Cela viendra bientôt, c’est notre tour.

Après tout, nous n’améliorons rien si ce n’est le confort de ceux qui en ont déjà trop. Chacun sa part de gâteau, du porc du gotha au Parisien du plus chic. J’écoutais Christine Angot™ chez Pascale Clark ce matin, deux femmes tout à fait opposées si ce n’est dans ce parisianisme des provinciales installées en capitale : il n’y a pas de pluriel utile ici, Paris n’est plus qu’une ville du monde, le monde global. Deux femmes qui parlaient pour ne rien dire, ce qui semble être aujourd’hui synonyme de talent. J’admire ! Oui, j’admire, pour ma part, cette capacité à raconter des histoires sordides dont on se passerait bien, tout en délayant à outrance. Les névrosées m’ont toujours semblé inutiles en temps de paix et inexistantes pendant la guerre, ce qui semblerait être la seule vertu des guerres : faire disparaître les nombrils au profit des vrais problèmes, la faim, la torture, l’avenir.

Non, vraiment, il vaudrait mieux que l’on s’en aille.

Puis j’ai entendu quelques mesures Jeanne Cherhal chanter sa propre publicité sur la même radio pendant que Li-Tong me répétait qu’il valait mieux partir ou, au moins, se taire. Je me suis soigné en ré-écoutant Funkadelic™. A quoi bon faire du neuf quand l’ancien est supérieur ? S’il n’y a pas de progrès dans l’art, il peut y avoir régression. Je sais qu’il ne faut pas penser ainsi, il faut penser aux enfants et leur faire croire que. Mais la pauvre Jeanne Cherhal, comme Christine Angot ou d’autres, n’y sont pour rien : on faisait nettement mieux avant. Barbara, reviens !

Ou alors : il vaudrait mieux que l’on s’en aille.

Ce n’est pas que je rêve de mars comme destination. C’est surtout que je ne rêve plus de rien. J’ai compris que mes nuits ont leurs planisphères, leurs plans, leurs personnages. Toujours les mêmes qui s’affichent oniriques à défaut de vivre dans une librairie. Dans mes songes, il y a des arbres en fleurs dont il ne faut pas s’approcher parce que les essaims sont dangereux au printemps. C’était tellement vrai que nous ne nous en rendions pas compte. Alors que l’on enregistre Sarkozy à l’insu de son plein gré, que l’on me pardonne si je n’en ai rien à foutre ! Il y a tant d’insectes à cultiver que celui-ci peut bien frire à coup d’ondes indigestes, avec sa chanteuse italienne et son regard fixe. Rouler sur son petit corps dans son petit costard écrasé bitume humide : ni chaud ni froid ! J’ai moi-même d’autres ambitions. Mais pas Mars, non, pas Mars. C’est si loin et si minéral.

Souvent j’imagine ce monde sans nous, définitivement. Je voudrais être encore là pour le voir.

Mais nous serions si nombreux à faire le même voyage...