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J’entretiens la courbe du chômage : réussir son entretien d’embauche...

mardi 28 janvier 2014, par Grosse Fatigue

Je passe un entretien d’embauche sous mon vrai nom, pour voir, pour changer. Oui c’est vrai : mon ordinateur me dit tous les jours qu’il y a des choses à changer dans son système, il y a des mises à jour, le monde ne serait plus chatoyant s’il n’y avait pas en permanence des mises à jour. Il est inutile d’espérer ralentir ou même faire une pause : il faut au contraire jouir de l’accélération. Bon moi ça va bien, j’ai un boulot depuis longtemps au même endroit. Des étudiants mis à jour en permanence s’y promènent avec des gadgets dernier cri leur permettant d’être espionnés par leurs mamans en attendant que leurs papas leur trouvent du boulot, ce qui est d’ailleurs étonnant tant mes étudiants sont quand même un peu nazes comme ils disent pour la plupart, pour la plupart mais pas tous.

Un type m’a donc appelé très confidentiellement pour me proposer le même poste avec les mêmes étudiants - des clones - en me faisant croire que c’était très flatteur, presque un privilège et j’ai dit très gentiment que j’étais flatté. Pensez donc ! A l’époque où la courbe du chômage n’en finit pas d’être une droite éternelle - bien plus prometteuse que la droite de l’UMP - voilà un type qui me propose de changer de lieu mais sans changer de fonction, je n’en reviens pas, quelle réputation....

Après avoir raccroché, je n’étais pas peu fier. Me voilà appelé vers de nouvelles aventures. Mais il fallait en premier lieu passer des entretiens. Ça n’est pas rien un entretien. On n’y parle pas de compétences : il faut montrer sa vraie personnalité. Montrer sa vraie personnalité quand on est trop honnête pour mentir ?

J’ai été très sincère :

- "Comment vous imaginez-vous dans dix ans ?
- J’avoue ne pas vraiment m’imaginer, ni même me percevoir. A vrai dire, j’espère juste être vivant pour avoir de quoi faire bouffer le petit dernier, surtout si ma femme m’a quitté d’ici là !
- Vous pensez qu’elle va vous quitter ?
- C’est probable.
- Mais pourquoi ?
- Parce qu’elles m’ont toutes quitté. Et même les femmes des autres les quittent. C’est comme une mise-à-jour : c’est devenu la norme.
- Et cela vous angoisse ?
- Vous pouvez dire ÇA vous angoisse (remarque freudienne)..... Je ris. Non, ça ne m’angoisse pas.
- Donc, vous n’avez pas d’ambition particulière pour les dix années à venir ?
- Eh bien, ce n’est pas tout-à-fait la question que vous m’aviez posée. Les dix années à venir viennent dès maintenant. Alors que celles qui viendront dans dix ans me semblent plus tardives.
- Alors justement, quelles sont vos ambitions ?
- Au niveau professionnel ?
- Comme vous voulez....
- Eh bien, je souffre d’un manque d’ambition.
- Que voulez-vous dire ?
- Quand je vois les ambitions de ceux qui en ont eu, il me semble qu’il vaut mieux continuer à ne pas en avoir.
- Vous voulez dire que vous avez déjà atteint les objectifs que vous vous étiez fixés ?
- Oui en quelque sorte. Il me manque encore quelques cols. Mais j’ai fait plusieurs fois le Galibier, l’Aubisque, le Tourmalet, l’Aspin, le Hautacam, le Soulor, l’Izoard, et même le Granon. Il me reste quand même le géant de Provence : le Ventoux !
- Vous n’avez que des objectifs cyclistes dans la vie ?
- Dans la vraie vie, oui.
- Et dans votre vie professionnelle, revenons-y.
- Hum, je n’aime guère le terme "revenons-y"... Mais passons. Eh bien, dans ma vie professionnelle, je n’ai aucune ambition. C’est rassurant n’est-ce pas : je n’ai aucune intention de me battre, par exemple, pour prendre votre poste.
- Mais pourquoi donc ?
- Parce que vous passez votre temps à me poser des questions cons."

Je suis sorti de là dans un état d’extase, merveilleux. J’aimerais tant que chaque chômeur qui n’a pas encore gagné au loto puisse avoir cette immense liberté d’envoyer paître les cons qui veulent les asservir en leur donnant du travail et en essayant de découvrir la servilité cachée de nos personnalités intimes.....

Je sais que c’est très mal de penser comme cela, je sais qu’il faut travailler, je sais que l’absence de choix fait comme une motivation. Je sais que j’ai bien de la chance.

Mais il faut, parfois, se faire du bien.

Un bien fou.