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Tourner en rond : De Dieudonné à Twitter™

mardi 31 décembre 2013, par Grosse Fatigue

Hier je disais un mal fou de Twitter™, cet égout du net, ce vide à ordures de l’immédiat. De fil en aiguille, j’étais tombé dans cette impasse numérique, en essayant de comprendre l’affaire Dieudonné. J’ai vu les crétins bavassant, les stars parler d’elles-mêmes, les ministres y aller de leur micro-phrase sans importance. Se contraindre à si peu de caractères, c’est en manquer au singulier.

Je ne savais pas que mon petit article serait lu 249 fois dans la journée grâce à Twitter. C’est horrible. Il faudrait jeter l’éponge. J’ai cru voir là l’immense impuissance qui me ronge. La preuve, aujourd’hui, c’est fini, le texte d’hier n’est plus lu. Seul le hasard fait dériver quelques lecteurs. Il faut être d’actualité.

En tombant sur une analyse de Twitter qui renvoyait vers mon propre texte, tout s’éclaire. J’avais ressenti tout cela sans y porter attention. Internet a changé la donne : c’est écrit dans Le Monde que je lis aux toilettes. Et c’est bien ce que je désirais autrefois en écrivant ici. J’imaginais que nous pourrions passer outre la censure ou les comités de lecture et publier nos photos ou mes humeurs, et que ce serait bien et intéressant. J’imaginais même que le style rallierait les suffrages. Et que nous deviendrions amis.

UTOPIE.

J’avais tort.

A peu de choses près, les critiques initiales du web ont fini par avoir raison : le web est un égout au milieu d’un centre commercial. De même que le logiciel libre est finalement mort et enterré, l’internet libre n’existe plus. A cause de la liberté : pas de censeur, pas de comité de lecture. Et des vannes grandes ouvertes... Dieudonné a compris tout cela, et transpose à la vie réelle l’égout de nos mauvaises consciences : il les fédère, les félicite, les renforce. Tous les analphabètes de l’hexagone peuvent, une fois connectés, exister enfin. De même qu’ils se satisfont de cracher par terre, ils le font en ligne. Internet a donné vie aux zombies. Et ceux-là, au nom de la liberté d’expression à laquelle ils ne comprennent rien, pensent qu’ils sont enfin intéressants. Le web est mort à la manière des emails : les Spams ne sont pas que des courriers, extension du domaine de l’inculte, voilà l’affaire. Ce n’est pas demain la veille que la grande interconnexion va élever le niveau de ceux qui en auraient besoin !

Et puis je finis la biographie de Steve Jobs. Je n’avais pas particulièrement envie de la lire, mais un ami a insisté et, après tout, le Macintosh™ m’a sauvé la vie... Finalement, Jobs et les autres ont réussi la grande privatisation. Je connais des gens intelligents qui prennent en photo leur bière au troquet pour montrer qu’ils y étaient et se contentent de vivre sur Facebook™ : j’ai cru qu’ils étaient morts. Ils l’étaient.

Résister à la mort.

Je vais aller faire du vélo dans la vie réelle. Je crois même que je vais prendre mon temps, regarder la rivière en cru, imaginer le printemps, attendre qu’une idée me vienne, boire pour oublier ?