GROSSE FATIGUE cause toujours....

Accueil > Sérieux s’abstenir > La vie d’Adèle : les prolos mangent des pâtes la bouche ouverte...

La vie d’Adèle : les prolos mangent des pâtes la bouche ouverte...

mercredi 30 octobre 2013, par Grosse Fatigue

Je suis allé voir "La vie d’Adèle" avec un a-priori très positif car j’avais adoré "Un prophète". Roy s’est moqué de moi en sortant du cinéma, juste au moment où l’on a croisé Olga qui sortait du Franprix vers vingt-deux heures. Il m’a dit que les deux films avaient été réalisés par deux types différents. Si j’avais su. On ne peut pas tout savoir.

Nous avons salué Olga qui fait partie de notre univers et Roy est rentré chez lui en tout bien tout honneur. Il aurait bien aimé continuer avec Olga mais elle est toujours fatiguée. Je l’ai laissé réfléchir à un article qui fait le lien entre homosexualité et fascisme, juste pour l’emmerder un peu. Et puis j’ai dit à ma femme que ce genre de film, j’aimerais bien éviter : la vie est si courte. Mais elle est comme Thierry mon vieux pote, elle aime les histoires d’amour.

Moi, je sais bien que c’est surtout une œuvre bourdieusienne. Je sais lire entre les cadrages, on m’a formé, tu penses.

La première demi-heure est pourtant réjouissante : des adolescents sympathiques et presque tous beaux et intéressants et épanouis et, et cetera. Et puis voilà : une panne technique sans doute, mais il me semble que tous les personnages sont filmés en très gros plan, au téléobjectif, et c’est oppressant. Ça l’est d’autant plus que l’objectif du film est encore de nous faire de la sociologie déterministe, c’est "La distinction, critique sociale du jugement" mais en encore plus lourd.

Quelques exemples : les parents prolos de la gentille adolescente mangent des nouilles la bouche ouverte, ils font du bruit. Elle-même bavouille un peu. Les pauvres, c’est pas poli, c’est un peu sale. Et puis : LES PAUVRES N’AIMENT PAS LES HUÎTRES.

C’est mal les connaître. Mon père en raffolait et certains dimanches, j’en cachais une dans mon mouchoir pour mieux la déguster crotte de nez en famille. Ça prouve bien que je m’en souviens.

Mais surtout, les pauvres ne sont pas sophistiqués. Ils ne comprennent rien à Egon Schiele. Ils ne comprennent rien au vin blanc non plus. En gros : ils aiment les choses concrètes. L’héroïne est un peu con : elle veut devenir institutrice alors que Léa Seydoux est la fille de bobos divorcés qui la laissent s’épanouir en peignant des croûtes pour les exposer un jour dans une galerie internationale à Dunkerque ou à Calais.... Léa Seydoux va jusqu’à traiter sa copine de "trainée" quand elle la trompe avec un mâle à bite. Drôle de vocabulaire. A nouveau, nos deux héroïnes sont filmées en très gros plans, avec de la morve surtout, parce que les enfants de prolos, même quand ça devient instituteur, ça reste sale.

Il y a bien sûr des scènes de cul. Mais bon. Le sexe à l’écran, ça manque souvent de dialogue. Elles poussent des petits cris fatigants, amenez vos boules Quiès™... Beaucoup moins érectile que la littérature. Même là, je voulais partir pour passer dans la salle d’à-côté voir le Woody Allen, dont le propos est le même. Putains de différences sociales. J’ai même eu l’impression que Woody Allen les saisit mieux dans Blue Jasmine en montrant réellement les prolos américains et la grande bourgeoise déchue. Et si l’œuvre reste mineure, elle est plus sensible, plus juste. L’art français, la palme d’or pensez bien, il faut que ce soit grandiloquent, manichéen, cru et en gros plan, y’a de l’habitus et de l’ethos de classe là-dedans ma brave dame. C’est du Zola, c’est l’assommoir. Le cinéma intellectuel français, c’est d’abord intellectuel. On nous avait déjà fait "Entre les murs", un gentil documentaire tout fait exprès pour que les Français d’extrême-droite continuent de croire que les immigrés restaient analphabètes malgré tout l’argent qu’on mettait dans l’école, et pour que les bourgeois de gauche voient de loin la misère esthétisée dans les banlieues lointaines et pleines de ces si attachants sauvageons. Nous voilà maintenant avec un film majeur en forme d’alerte : il s’agit de prévenir les lesbiennes prolos qu’il est inutile de croire à un rapprochement possible avec les lesbiennes bourgeoises. Profond.