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Généalogie du dégoût : les zones pavillonnaires

dimanche 22 septembre 2013, par Grosse Fatigue

Des premières choses qui m’ont déçu au-delà des gens des amis des filles qui disaient non même sans qu’on leur demande ne serait-ce que l’heure il y a :

- Les zones pavillonnaires.

J’ai connu des gens qui les défendaient en disant que dans ces sans-issues, les enfants jouaient ensemble en toute sécurité. Ça n’est sans doute plus très vrai tant un enfant ne peut que se rabougrir dans la standardisation crasse des anciens potagers, des vergers, des champs, plus précisément de la disparition. D’où viennent donc ceux-là qui rêvent d’avoir la même maison que leur voisin et même pire encore : une maison neuve. Comment peut-on faire construire quand tant de vieilles bicoques nous permettent de rallonger nos vies en imaginant leurs passés, et ce qui nous y mettront de légendes, de cris d’enfants et de tragédies familiales. Je suis sur mon vélo je pense ces mots en roulant au milieu des pavillons et le monde entier se rêve ici en Los Angeles à Guéret ou Montluçon. Tout est morose et plein d’angles droits et de ronds points. Je sais qu’à l’intérieur c’est l’heure de l’apéro et sur les places de stationnement des Renault™ Scénic™ plus ou moins dernier modèle. Je suis sûr que les intérieurs sont peuplés de meubles en pin et de cuisines aménagées le confort moderne. Qui viendra encore me parler de la classe moyenne à la française ? Personne n’est obligé d’endosser ces horreurs aux perspectives sans fin. Comment vivre là ? Au milieu de ces thuyas et de ce qui va avec. Le thuya, c’est la ruine de l’âme et ça vous tue le sol en vous séparant des gens d’à-côté, tellement vous avez honte de vous voir en eux car ils sont comme vous. Si les thuyas ne poussent pas d’un côté, ils pousseront de l’autre. La fin de l’imagination et le début de la grande propreté, du gazon et de la clientèle obèse des jardineries : on s’en veut tellement d’exister pour détruire ce qui fut la campagne, que l’on achète des chiens ou des rats ou des aquariums pour y mettre des choses dedans qui grouilleront comme les cancers dans les ventres des alcoolo-tabagiques qui vivent ici.

Les zones pavillonnaires ont poussé dans mon enfance à la place des pépinières et des jardins. Les pavillons vont même jusqu’à naître au milieu des potagers des vieux, ce qui leur paye leur retraite et accentue la densité de population. Ils achètent leurs salades sous vide avant de crever le sac ou de crever tout court. Les maires menteurs se moquent bien de la laideur : il leur reste le centre-ville et un truc à montrer genre art contemporain à leurs bourgeois éclairés.

Voilà le monde madame.