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L’impression d’être seul en tant que batteur

vendredi 21 juin 2013, par Grosse Fatigue

La vie de ma mère comme disent ceux qui n’aiment pas trop les femmes : j’ai l’impression d’être seul sur internet. Je bafouille ma bafouille. Je ferme et j’éteins. C’est simple. C’est très court. Je ne sais même plus pourquoi je fais cela. Peut-être pour garder la vélocité dans les doigts. Tout le monde est parti. Je veux dire le monde du début d’internet.

Je donne mon avis.
Parfois je n’ose pas.

Par exemple sur le mariage gay.

Peut-on dire aux gays que le mariage ne l’est pas ?

Peut-on leur dire que tout finit par une séparation au pire, au mieux par l’ennui ? Non mais qu’est-ce qu’ils croient tous ?

L’ennui nous accueille aussi bien qu’une maison de retraite. Il faut se forcer pour l’éviter.

Aujourd’hui c’est l’été. Enfin bon. C’est donc la fête de la musique. Les gens de province vont déambuler au hasard, somnambules et insomniaques, à la recherche d’un groupe qui joue vraiment. Comme ils en trouveront peu, ils regarderont leur fils faire le DJ boule de cristal et matériel estampillé.
J’aurais l’impression d’être seul.
Ce soir, je vais jouer aussi. Derrière mes cymbales, caché à l’abri des regards mais pas de la pluie. Je vais essayer de jouer ternaire, je vais tenter de jouer binaire. Ça va pas être terrible, je manque d’assurance, enfin bon, je manque de joie quand je joue de la batterie, je suis trop perspicace, j’entends mes raideurs.

A la radio passe un nouveau slammeur. Je me lève pour éteindre. Où sont les musiciens ?

Quand on va au théâtre voir les classiqueux jouer pour des vieux, je sens bien que c’est la fin. Dans vingt ans, on pissera dans les violons. Tout cela est trop sensible et trop compliqué. La baisse des ventes c’est la vérité : les gens n’aiment pas vraiment la musique, ils sont trop mal élevés. Je vais acheter le coffret Boulez, un acte éthique.

Finalement pour Ferré, je me suis déconnecté. Mon copain David m’a engueulé très fort : il ne faut pas discuter avec les gens sur sa page Facebook™. Il faut être de leur avis ou alors aller jouer sur son propre mur à la Roger Waters. Je manque un peu d’épaules. Je retire mes amis au fur et à mesure. La privatisation d’internet est bien plus grande que tout ce que l’on pouvait imaginer. Même Mermet a sa page Facebook™ sans s’en rendre compte. C’est la concentration.

Il va m’en falloir ce soir pour être moins seul derrière ces gens qui s’obstinent à faire de la musique, comme on essaye de boire de l’eau au milieu des soûlards, quelque chose comme ça.