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Jour de braderie à Biarritz. Tchernobyl.

vendredi 26 avril 2013, par Grosse Fatigue

Le temps est couvert à Biarritz il fait même froid pour cette fin avril alors qu’hier simplement, il faisait si chaud. L’océan nous rappelait à l’ordre et débordait d’aise sur les villégiatures bourgeoises d’un autre siècle, dont les grilles peintes et repeintes n’en finissent pas de rouiller de l’intérieur, les embruns les marquant de leurs baisers salés. J’imaginais un tsunami de quelques mètres remonter jusqu’à l’arrière-pays d’un simple coup de langue, et mélanger en immondices la population de la plage, ramollie plastique et bouts de ficelles, comme ce bois flottant dont certains font des lampes. Des bordelais habillés en bleu de mer et roulant grand train Audi™ dernier modèle à leurs enfants déclassés petits crus grands tatouages, les grands-mères trop bronzées comme pétries dans leurs propres pâtes à modeler de plis, les classes moyennes avides de confort et de proximités des commerces - le confort : leur principal sujet de conversation - et les surfeurs ces prétendants écologistes en combinaison néoprène... Tous ensemble dans un vieux filet vert bouteille plastique pétrole marée noire.

Mais un autre jour.

Aujourd’hui, c’est la braderie. Les commerçant locaux affichent leurs marges au rabais comme on le fait partout ailleurs, si ce n’est qu’ici on nous fait encore plus croire au local à cause du pittoresque. Moins soixante-dix pour cent, l’aubaine en impressionne quelques-uns.
C’est l’abondance en bord de plage mais seuls un père et son fils s’évertuent à faire décoller un cerf-volant made in China par vent de mer.

Tchernobyl a sauté il y a 27 ans pile (atomique). Ça n’est pas un chiffre rond. Et puis c’est si loin de la côte.

Je m’aventure dans la grande librairie près du casino où l’on trouve à la fois la presse et la littérature. Je vais sentir les livres comme d’autres goûtent les vins. Le papier Actes Sud™ sent toujours si bon. J’aimerais lire des magazines et les posséder, les laisser traîner dans les toilettes et retrouver entre leurs pages, une fois rentré, les grains de sables de la plage et de vieilles photos jaunies. Je me hasarde à relire le magazine de la Nouvelle Droite. Rien n’a changé en vingt ans. Toujours habile, toujours à attendre la révolution, la prise de conscience d’un certain type d’Européen... de souche.

Pas mon genre à l’évidence. Ces messieurs-là citent habilement Drieu La Rochelle, Nietzsche, Marx, Foucault et tutti quanti, globalement n’importe qui fera l’affaire tant qu’il n’est pas libéral. De quoi relire Raymond Aron, même s’il y a mieux à faire.... On y attend la révolution et je glane au passage des informations sur l’exil des londoniens blancs, la génétique du chien, une certaine vision de l’anarchisme. Je regarde dehors et le ciel est toujours bas. La braderie au-dessus ne bat pas encore son plein. Les bourgeois alentour en sont encore sans doute au brunch et j’ai moi-même froid aux pieds.

Le journal de la nouvelle-droite nous prévient : il y aura bientôt pénurie, fini l’abondance, fini la braderie. Le système tombera comme un fruit mûr et, sans doute à cause de Gramsci ou d’un autre : il faut citer sans cesse pour faire son malin, la faim nous poussera tous à nous entre-dévorer, et la force du plus fort étant la plus raisonnable, ceux-là imaginent que le monde de demain redeviendra ce qu’il devrait être, un monde composé d’hommes forts et enracinés, un monde communautaire sans braderie de fin de saison.

Pour me consoler du mauvais temps, des femmes qui ne me laissent pas passer sur le trottoir et donnent la priorité aux chiens, (les leurs), du temps bas et de la lumière sans intérêt, de cette droite obscure qui attend son heure dans l’ombre d’elle-même, j’achète un magazine sur l’origine du mal et la vision d’Hannah Arendt. L’une des rares femmes fumeuses à me plaire encore.

J’ai la vague impression de me grandir. Et une vague impression sur la côte par ciel bas, c’est bien.