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Les filles essoufflées

lundi 25 mars 2013, par Grosse Fatigue

Je ne sais pas comment ça m’est revenu au visage comme un vent chaud avec effluve, comme la Loire mon grand fleuve, avec son courant et ses crues, avec ses longueurs, ses langueurs, comment ça m’est revenu, je ne sais plus. Peut-être en écoutant Youn Sun Nah et son dernière album oui c’est cela : à un moment précis elle étouffe un son, elle est comme sensuelle, comme à nous désirer je veux dire moi, parce que je l’écoute, elle est là, et il y a ce souffle. Alors je ne sais pas pourquoi j’ai repensé au plaisir des filles essoufflées que l’on a connues et quand je dis "on" je veux dire "moi" c’est juste pour que les types comme moi me comprennent mieux et s’identifient. Les filles essoufflées la première fois s’il fait un peu chaud et que l’on est l’été - car être l’été, c’est encore plus qu’être en été, c’est comme être en nage, en âge de le faire comme elles disaient, et quand je dis "elles", c’est pour qu’elles s’identifient. J’écoute la chanteuse coréenne que j’aurais voulu être si j’avais été une femme coréenne plus jeune que moi français entre deux eaux ; Loire et Garonne par exemple ; oui, Loire et Garonne. Et je ré-écoute ce petit souffle et je vois les filles avec leurs bouches et leurs boucles de cheveux comme si l’on s’était couru après ou pire : accouru après, une chasse adolescente et lascive, et les filles qui courent comme des filles avec les bras n’importe quoi sans vraiment chercher appui et leurs architectures et leurs hanches et tout ce qui nous emporte je les revois en un souffle, le souffle de Youn Sun Nah, un souffle qui s’éteint, juste esquissé pour nous faire penser à ces filles oubliées.

Je les vois en contre-plongée et souriantes à la plage qui s’écroulent en riant sur des serviettes humides avec leurs bras trop grands ou trop maigres et leurs corps mystérieux et encombrants.

Je sens la fraîcheur de leurs sourires même si c’est pas moi que l’on embrasse parce qu’au bout d’un moment, on a des images du passé quand il se transforme en jeunesse, des images universelles pour moi plutôt Kodachrome™ mais pas seulement, Technicolor, bleu ciel fin années soixante même si c’était vingt ans plus tard je confonds parce que les filles à partir d’une certaine époque, c’était juste des filles. Je regardais leurs yeux et la complicité et la faim et je ne savais pas encore leur niveau d’appétit, je ne savais pas encore pour l’essoufflement et la complicité, et même si cette proximité n’était pas la mienne je savais qu’elle était universelle. Bon sang. Ce que j’ai aimé les filles essoufflées, avec les tâches de rousseur ou les pupilles noires et dilatées, ou n’importe quelle fille dans ces histoires avec juste des débuts que l’on imaginait. Juste des débuts. Et même s’il pleuvait ou même en automne ça pouvait arriver. Oui c’est là que tout se faisait, la fusion prémonitoire qui n’aurait jamais de fin, ce point initial où l’on s’embrassait parce que les amies en commun avaient fini par nous rapprocher du moins j’imagine parce que ça n’était pas vraiment ça, mais c’est pour faire simple parce que c’était quand même ça à un moment, le moment idéal d’une vie.

J’ai ré-écouté cent fois le disque de la chanteuse coréenne qui parle français comme vous et moi et chante des chansons en anglais comme personne d’autre. J’ai effacé son nom en coréen (나윤선) de mon ordinateur parce que pour la rechercher, c’est plus difficile. Tout est classé dans l’ordre, tout est paramétrable. Il y a même sans doute des vidéos et tout est confortable. Il manque juste le souffle, comme le souffle du vinyle ou du vent dans les cheveux avec le goût du sel dans le cou et les posters de Romy Schneider dans leurs chambres parfois, mais va, bon, va, oublie, c’est juste un moment, c’est très court les filles essoufflées, même dans les blés, c’est juste très court.