GROSSE FATIGUE cause toujours....

Accueil > Impuissances > Le sens du règlement, de l’énarque à l’employée de mairie

Le sens du règlement, de l’énarque à l’employée de mairie

vendredi 8 mars 2013, par Grosse Fatigue

Je fais refaire la toiture de la maison. Ça n’est pas compliqué. Il faut comparer les devis et donner énormément d’argent à un artisan pour qu’il vous assure de rester au sec pendant des centaines d’années. Ça pourrait s’arrêter là mais un ensemble de circonstances m’a fait détester à nouveau les fonctionnaires. Détestant les chantres de l’entreprise, me voilà à détester aussi les fonctionnaires. Je déteste tout le monde, aujourd’hui.

J’ai lu "Promotion Ubu Roi". Le parcours d’un type intelligent (?) qui fait l’ENA et nous raconte les couloirs de cette prestigieuse école [1]
que le monde entier nous envie à tel point que, comme notre Minitel™ national, personne n’a encore eu l’idée d’en importer une copie. Vingt-sept longs mois au milieu d’abrutis crânes d’œuf rêvant du classement. Pour connaître au moins deux énarques, je ne suis pas étonné : jamais rien vu d’aussi con.

Je passe à la mairie pour la déclaration de travaux. Il faut dire à la mairie que l’on refait son toit. Il faut demander l’autorisation à la dame. Je ne sais pas pourquoi je dois faire tout cela en quatre exemplaires. Mais la dame n’est pas contente, il vaudrait mieux une photo couleur de mon toit en quatre exemplaires et pas une photocopie en noir et blanc. Qui a donc décidé qu’il fallait prendre son toit en photo quand on estime qu’il est foutu ? Un énarque sans doute. Il faut aussi tout en quatre exemplaires alors qu’un site web ferait l’affaire. Je dis à la dame que je ne la blâme pas mais qu’il faut bien avouer que ces règlements sont inutiles, qu’il faut en plus attendre un bon mois, et que ça explique tant de choses, dont le goût du travail au noir pour pas mal de gens pas forcément très malhonnêtes. La dame consent. Elle avoue que le règlement est complètement con et inutile, il sert juste à faire perdre du temps aux gens, à emmerder les artisans, à ralentir le monde.

Je n’en reviens pas et reste coi. Je me souviens de cette dame à l’accueil du centre des impôts qui a osé me dire qu’il ne fallait pas déclarer que j’avais transformé le garage en pièce pour jouer de la musique. Je voulais juste être honnête. Elle me répondit : mais personne ne fait cela ! Ça va vous faire payer plus d’impôts ! Elle n’avait donc rien compris la pauvrette. Et la vertu ? Hein ? Et Montesquieu ? Bah, peu importe. L’important est d’occuper nos plus brillants premiers de la classe à faire des lois et à en défaire d’autres, car ils manquent d’imagination et rêvent de carrières, ces endroits où l’on fait son trou, à la manière des cimetières.

Et puis j’imagine les énarques en remontant le temps jusqu’à leur enfance, uchronie légère, à les conseiller de faire de la musique ou médecine ou quelque chose d’utile aux autres, couvreur par exemple.

What a wonderful world....


[1Saby, Olivier. 2012. Promotion Ubu roi : mes 27 mois sur les bancs de l’ENA.