GROSSE FATIGUE cause toujours....

Accueil > Petits ras-le-bol > Facebook™ m’a tué.

Facebook™ m’a tué.

samedi 15 décembre 2012, par Grosse Fatigue

Ce n’est pas tant que j’imaginais un retour en fanfare. Ecrire des petits textes de rien du tout, les mettre en ligne, ça fait treize ans. C’est comme si j’étais en quatrième au collège. Comme si de rien n’était, comme si c’était vraiment la vie. J’ai cru que tout reviendrait, les lecteurs, les saveurs, les emails de temps en temps.

Bien entendu, certains proches inconnus (SIC) m’écrivent. C’est qu’on est vraiment pareils sur un tas de choses. Des batteurs frustrés (SIC) ou des photographes argentiques (SIC). Ou des femmes adultères (sick).

Mais ça n’est pas comme avant. Avant, il y avait des liens, et un peu plus de lecteurs. Avant, il y avait de quoi y croire. Nous avions de l’élan. Je sais bien que je perds du temps. Quand je vois que Christine Angot est publiée, je sais que je perds un temps fou. Moi aussi je peux m’inventer des problèmes sexuels gigantesques à faire frémir l’américaine moyenne de moins de cinquante ans. Mais l’attachement à la saveur du petit site rien qu’à moi se suffisait à moi-même.

Je lis dans le supplément publicitaire du Monde™ du samedi ("M", rien à voir avec Mathieu Chédid ou sa grand-mère), que les blogueurs ont maintenant une clientèle, et que les "marques" les écoutent.

Ça alors ! Les marques les écoutent...

Y’A QUELQU’UN ???? OUH-OUH !!!! VOUS ÊTES LÀ LES MARQUES ?

Personne.

Pourtant, j’aurais bien proposé à Lego™ une diversification dans la photographie. J’imagine bien un Lubitel™ en lego™. (Ça existe déjà je crois). Je n’invente rien.

OUH-OUH ???

Personne.

Où sont-ils passés ? Grande question face à mes statistiques de fréquentation. Ce n’est pas que j’aime les statistiques. J’ai toujours détesté ce qui n’était pas une moyenne, un écart-type ou une médiane. Incompréhensible. Quant aux fréquentations, mes parents les trouvaient toujours mauvaises. Rien ne change : je suis toujours comme en quatrième, déchiré entre mes copains prolos en Mobylettes™ et mes copains un peu bourgeouilles, à faire Allemand première ou seconde langue, qui ont tous fini ingénieurs.

Je les ai retrouvés.

Sur Facebook™.

Tout le monde y est. Ou presque. Même Marcel et Jeannette. Qui n’étaient pas à l’école avec moi. Mais qui partagent des liens sur une marque de fromage qu’ils aiment bien, ou sur la couleur du siège du TGV. Quand je pense qu’ils se sont connus grâce à moi... en lisant mes petites humeurs. Bande d’ingrats. Nous quitter pour Facebook™. Je veux dire : "ME". Me quitter pour facebook™.

Car Facebook™ nous a tous tués. Quelle idée géniale :

PRIVATISER LA VIE PRIVÉE.

Un non-sens, non ?

Non. Bien au contraire. Permettre à chacun de faire son site web perso en montrant son intimité à des millions d’amis. Quelle aubaine pour les publicitaires ! Et donner son carnet d’adresses ! Qui ferait ça dans la vraie vie ?

Je m’imagine dans la rue, avec ma cagoule de Mickey™ sur la tête, à forcer les petites vieilles : donnez-moi votre carnet d’adresses, on va le mettre sur la télévision ! Ah non, ça ne fonctionnerait pas. Dites-moi ce que vous aimez ! Allez les mémés ! Montrez-moi vos soutifs que j’envoie ça à un panel de marques et de designers à la con, on va vous remettre à la mode ! Allez mamy, juste l’adresse de ta petite fille. De ta nièce. De ton chien.

Et pourtant : j’aime vraiment pas les chiens.

Mais alors : vraiment pas.

Ça plaira aux annonceurs dans la croquette, le Canigou, le ron-ron™.

C’est que je me sens seul. Je ne veux pas voir privatiser ma vie privée par un autre, un Américain du Massachusetts comme dans une chanson des Bee Gees que j’écoutais en quatrième. Je voudrais que tout redevienne comme avant.

Comme en quatrième. Avec ma Mobylette™ et mes copains.