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Ne pas travailler

vendredi 23 novembre 2012, par Grosse Fatigue

Le midi mon père s’attablait, un verre de rouge "La payse" en bouteille plastique, de la moutarde avec capuchon rouge aussi, des oeufs durs souvent et de la viande parce que. Une nappe aussi en-dessous. Et la télé Grundig™ à faux-coins carrés, dans leur dernière version.

Après le troisième verre de rouge, vers 13h15, la voix de Mourousi commençait à faiblir entre les oreilles de mon père et, ayant posé son gros ventre rond entre ses mains, il faisait une petite sieste, le mégot de sa Gitane-Maïs™ lui faisant comme une trace vers la moustache jaunie, et une autre sur son pull. Un trait vertical. Je n’aimais pas l’odeur de mon père et l’on me comprendra bien.

Nous étions entre-nous. Le monde était minuscule, ratatiné.

C’est en l’observant dans le fauteuil d’osier - soleil et années soixante-dix - que j’ai sans doute compris, sans m’en rendre compte, que je désirais profondément ne jamais travailler. Jamais le travail - ce que j’en savais par la fatigue de mon père - ne m’était apparu comme quelque chose d’épanouissant, pour parler comme les pédagogues ratés de l’Education Nationale, et même pas quelque chose d’obligatoire. Après plusieurs années d’études, j’étais encore étonné de voir mes copines américaines travailler en permanence entre leurs cours superficiels et payants. Pourquoi travailler ? Tout cela me semblait dérisoire et fatiguant, alors que la vie, si prometteuse, nous offrait tant de choses à ne pas faire, et d’autres à savourer.

Voilà : je voulais juste dire que je manque d’ambition.