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Pourquoi j’ai plutôt raté ma vie

dimanche 14 octobre 2012, par Grosse Fatigue

La question est prétentieuse mais vaut le détour. Je me demande souvent, de plus en plus souvent, pourquoi j’ai raté ma vie. Ce n’est pas qu’elle est totalement ratée, je pourrais être SDF, va-nus-pieds, clodiquant, ou cahotique intégriste, en un mot : je pourrais être pire. Mais la prétention valant ce qu’elle vaut, il me semble que j’aurais pu mieux faire.

La question vaut d’autant plus d’être posée qu’étant père de pas mal d’enfants, j’aimerais bien leur éviter ce vide de la quarantaine entamée, sachant que cette quarantaine là, loin des aéroports et des enragés, ne libère rien ni personne, et qu’elle ne sonne en aucun cas la venue de jours meilleurs. Il faut donc s’attendre au pire car le temps ne se contente pas de passer à mon âge : ce salaud-là accélère. Je compte. J’ai deux fois l’âge de l’un de mes frères à sa mort. 23 ans fût longtemps un âge très adulte dans mon imaginaire. Ce grand frère ferait figure de petit jeune aujourd’hui, à la Morrisson, à la Hendrix. J’ai l’âge d’une soeur emportée par la lenteur perfide de la leucémie. Cette grande soeur aura à tout jamais mon âge d’aujourd’hui, je m’en éloigne par l’arithmétique. La famille funèbre est comme un bilan comptable. Je ne mérite en rien d’avoir du rab’, et pourtant je suis là, à me lamenter.

J’aurais pu être Musso. Ce type-là est lu par la grande nana à ma gauche dans le TER. Grande cruche élégante, souriante à la lecture du quidam en question, jolie poitrine sous le pull, et la propreté à s’encanailler : pas de danger, juste des promesses érotiques dans mon esprit dérangé. DSK, tu n’es pas seul, mais tu es connu, toi. Etre Musso. C’est déjà pas mal. Qui s’en plaindrait ? Ou être Agnès Gavalda. Je ne sais pas pourquoi. Juste parce qu’elle a osé. Se dire : "J’ai osé". (Et non pas, à la manière d’un chef d’entreprise un peu pigeon : "J’ai pris des risques."). Il faudrait que j’ose. J’aurais bien aimé être David Gilmour ou David Bowie ou même Lester Bowie ou juste être anglais, et puis dans un autre temps. Mais là n’est pas la question, la question c’est aujourd’hui, là, maintenant.

L’une de mes collègues a, à nouveau, le regard brillant des filles enhardies. Le père de ses enfants l’a quittée pour une illusion quelconque, peut-être du genre de la fille qui lit Musso à côté de moi. Une autre m’en parle. Elle me dit t’imagines, à 6 heures du matin elle l’attend dans son lit, comme quand on avait vingt ans et quelques. J’imagine tu penses. Mais qu’est-ce que ça vient faire dans un texte où je voulais juste dire que j’aurais dû oser faire quelque chose ?

Elle me dit que ça n’est pas le problème. Le problème, c’est l’inconstance. En plein dedans.